Récit de Ida
Venue à Marseille en 2023 pour poursuivre ses études, Ida, une jeune Allemande, nous parle de ses expériences d’études et de travail dans la ville.
Je suis venue à Marseille en 2023 pour faire des études. Je me suis inscrite à l’université d’Aix-Marseille en licence de langue arabe. Ma faculté se trouvait à Aix-en-Provence, mais je voulais habiter à Marseille. Je préférais largement l’ambiance de Marseille à Aix-en-Provence, surtout sur le plan politique.
Quand je suis arrivée pour s’inscrire à l’université, c’était un peu tard pour demander le logement CROUS,on m’a répondu que c’était déjà saturé. Du coup, j’ai cherché une colocation sur Internet, par exemple sur des sites comme Le Bon Coin. Et comme je suis allemande, les propriétaires ne se sont pas beaucoup posé de questions, et j’ai trouvé assez facilement une colocation. Je veux dire par là qu’il existe un racisme : si tu viens d’un pays européen, tu ne rencontres pas les mêmes problèmes que quelqu’un qui vient des pays du Sud global pour trouver le logement.
La galère pour trouver un cours de langue
Quand je suis arrivé en plus d’allemand qui est ma langue maternelle, je parlais anglais et un peu français. Comme j’étais étudiante en langue et littérature arabes, je n’avais pas vraiment de problème pour suivre les cours. Mais j’habitais quand même en France et j’avais besoin d’améliorer mon français.
L’université proposait des cours de français, mais ils étaient très chers. À côté de ça, il y avait seulement un cours « bonus » qui était gratuit mais c’était plutôt axé sur le français académique et destiné aux étudiants qui maîtrisaient déjà bien le français. J’ai cherché sur Internet des associations qui donnent des cours de français. Mais je me suis vite rendu compte qu’il n’y en avait pas beaucoup, et que celles qui existent sont souvent déjà saturées. Finalement, j’ai appris surtout toute seule, et en parlant avec des gens.
Créer des réseaux amicaux et sociaux
Quand je suis arrivé à Marseille, je connaissais déjà quelques amis français qui habitaient ici. Ça m’a beaucoup facilité les choses. Mais créer des réseaux amicaux à l’université n’était pas très facile, peut-être en partie parce que j’habitais à Marseille alors que mon université était à Aix-en-Provence. Du coup, avec les autres étudiants, qui habitaient pour la plupart à Aix, on ne se voyait pas en dehors des cours.
La majorité de mes amis sont à Marseille. Je les ai rencontrés pour la plupart dans différents collectifs militants, surtout dans les collectifs et les mobilisations qui se sont créés autour du mouvement pro-palestinien. Comme j’avais pas mal de temps, je me suis beaucoup investi dans ce mouvement. C’est là que j’ai rencontré pas mal de monde et que j’ai construit mes réseaux amicaux.
La carte vitale
Sur le plan administratif, la première chose qu’il faut faire quand on arrive en France, c’est faire la demande de la carte vitale. Pour toutes les démarches administratives, on a besoin d’un numéro de sécurité sociale. Par exemple, pour pouvoir travailler, il faut déjà avoir ce numéro. Du coup, l’une des premières choses à faire en France, c’est commencer la procédure pour obtenir la carte vitale, ce qui est en réalité assez compliqué. Je ne me rappelle plus très bien comment j’ai fait pour la demander, mais je me souviens que c’était très long et compliqué. J’ai essayé plusieurs fois de faire la demande en ligne, mais il y avait toujours quelque chose qui ne marchait pas. Je me souviens qu’à un moment, il fallait prendre une photo pour vérifier son identité. Mais mon téléphone était un peu vieux et ne prenait pas de photos de bonne qualité, donc ça ne marchait pas. En plus, il y avait beaucoup d’éléments qu’on me demandait pour faire la demande en ligne et que je ne comprenais pas bien.
Finalement, j’ai déposé mon dossier en version papier au bureau de la Canebière. Mais même comme ça, ça a pris beaucoup de temps avant qu’on me délivre ma carte vitale.
Travail
Le moment où je me suis rendu compte qu’avoir la carte vitale était nécessaire, c’est quand j’ai trouvé un travail. À l’université, je suis tombé sur un flyer d’une structure qui recrutait des personnes qui maîtrisaient l’anglais. Comme je parle anglais, je les ai contactés et j’ai découvert que c’était une école primaire privée. Apparemment, ils n’avaient pas assez d’argent pour recruter de vrais professeurs et ils cherchaient donc des personnes comme moi, qui n’avaient pas forcément de formation pour enseigner.
Je suis allé passer un petit entretien, et le fait que je parle anglais leur a suffi. Ils m’ont donc recruté. Par contre, ils m’ont expliqué qu’ils ne pouvaient pas me proposer un contrat de travail et ils m’ont suggéré de changer mon statut pour devenir auto-entrepreneur pour qu’ils me paient par l’heure.
En réalité, ils me proposaient une journée complète de travail. J’étais obligé d’être à l’école du matin jusqu’à l’après-midi, mais ils ne comptaient pas les temps de récréation et les pauses. Au final, ça me prenait toute la journée, mais j’étais payé pour seulement trois heures. Et en réalité, je n’ai même pas été payé, parce qu’à ce moment-là je n’avais ni carte vitale ni carte bancaire française.
Pendant quelques semaines, j’ai quand même travaillé dans cette école primaire. J’étais soi-disant le professeur de sport et d’anglais. Je faisais jouer les enfants avec des ballons multicolores et, en même temps, je leur apprenais des choses très basiques, comme les couleurs en anglais.
Après avoir obtenu ma carte vitale et une carte bancaire française, j’ai travaillé pour différentes agences qui recrutent des personnes pour faire de l’aide à domicile. Il s’agit surtout d’accompagner des personnes après une opération ou d’aider des personnes âgées dans leur vie quotidienne. Pour ce travail, j’ai été recruté assez rapidement et j’ai eu un contrat de travail. Je suis payé au SMIC, à l’heure. Mon contrat est à mi-temps et nous avons un planning avec différents horaires dans la journée, qui peuvent changer selon la disponibilité des collègues. Mais en ce moment ça va, parce que je vais régulièrement chez deux ou trois personnes âgées. Je fais le ménage, les courses, je les accompagne se promener, etc. J’aime bien ce travail parce qu’il y a toujours un contact humain. Qu’on le veuille ou non, un lien se crée avec les personnes. Même, Parfois, elles me manquent quand je ne les vois pas pendant longtemps. Mais on entend aussi parfois des propos un peu choquants. Par exemple, je vais chez une vieille dame qui fait partie des pieds-noirs. Un jour, elle m’a dit : « Je ne suis pas contre les Noirs et les Arabes, mais je préfère les Blancs. » Elle a beaucoup de nostalgie de l’Algérie française et elle n’arrête pas de parler de sa vie en Alger.
Mais, Avant de faire ce travail, j’ai suivi une formation de cordiste en espérant trouver un emploi dans ce domaine. En réalité, après avoir terminé la première année de licence, j’ai arrêté mes études. L’université ne me plaisait pas. Mais parfois la période des études me manque. En tout cas, j’ai arrêté mes études et je suis passé par France Travail pour trouver une formation dans le travail en hauteur, par exemple comme cordiste. J’ai trouvé une formation CQP (Certificat de Qualification Professionnelle).
C’était un ami m’avait parlé de la possibilité de trouver une formation financée par France Travail. Je me suis donc inscrit. Le principe est qu’il existe différentes structures qui proposent des formations, et France Travail achète un certain nombre de places dans ces formations. Pour les personnes qui sont acceptées, la formation est gratuite.
Pour moi, ça s’est passé assez facilement et j’ai trouvé cette formation assez rapidement. Mais je connais beaucoup de personnes qui n’ont pas réussi à obtenir un financement ou des personnes pour qui ça a pris beaucoup de temps. La différence, c’est que je suis passé directement par les centres de formation. Eux savaient déjà qu’il y avait des places financées par France Travail, et j’ai ensuite fait la demande auprès de France Travail à partir de ces structures. Si on passe uniquement par France Travail, ce n’est pas efficace. On se retrouve face à un conseiller qui n’est pas toujours très utile et qui ne cherche pas forcément activement des solutions. Du coup, les démarches peuvent prendre beaucoup plus de temps que nécessaire. Il vaut mieux faire les démarches soi-même et ne pas se contenter d’attendre les propositions de son conseiller.
En tout cas, j’ai trouvé cette formation de cordiste financé par France travail. C’était un formation de 3 mois et je l’ai terminé en hiver. Pendant l’hiver, il n’y a pas beaucoup d’offres d’emploi pour les cordistes. En plus, il y en avait très peu à Marseille. C’est pour ça que je suis allé à Nancy, où il y avait un travail de trois mois dans une entreprise. Je suis resté là-bas pendant trois mois et l’entreprise fournissait aussi un logement. Ensuite je suis retourné à Marseille.
On nous disait qu’après la formation, on trouverait facilement du travail, parce que c’est un métier en manque de main-d’œuvre et que c’est pour ça que France Travail finance ces formations. Mais en réalité, on galère souvent à trouver un emploi dans ce métier. C’est pour cette raison que je travaille actuellement comme aide à domicile.
Les personnes qui réussissent à travailler comme cordistes sont généralement les cordistes qui ont déjà une formation dans un métier manuel, par exemple charpentier ou dans le bâtiment. Mais la plupart des gens comme moi, qui n’ont pas d’autre formation technique ou manuelle, ont du mal à trouver un poste.
Importance des informations
Quand on arrive en France en tant qu’étranger, il faut savoir qu’il existe beaucoup de dispositifs dont on peut bénéficier, mais qu’on ne connaît pas forcément. Il est donc très important de demander des informations. Il faut surtout en parler avec son entourage et ses amis. Par exemple, c’est grâce à des informations données par mon entourage que j’ai appris qu’il existait des formations gratuites financées par France Travail. De la même manière, au début je ne savais même pas qu’il fallait avoir une carte vitale pour pouvoir travailler.
Je conseille aussi aux étudiants de se rapprocher des syndicats étudiants pour demander des informations. Il ne faut pas hésiter à poser des questions aux gens autour de soi, plutôt que de chercher tout seul.
Et pour rencontrer des gens à Marseille, personnellement je conseille de participer aux événements organisés par des lieux comme Manifesten ou La Dar.