Parcours professionnel
Pour parler un peu du côté professionnel : t’étais photojournaliste avant ta venue à Marseille ?
Oui. J’étais photojournaliste pendant plusieurs années au Yémen, et je travaillais aussi comme bénévole pour l’Observatoire yéménite de droits de l’Homme. C’est un organisme qui travaille sur la question des minorités et des réfugiés qui viennent d’Afrique.
Et c’est ça qui m’a un peu surpris. Je sais à quel point c’était la galère pour les réfugiés qui arrivaient au Yémen pour passer vers les pays du Golfe, et moi, en arrivant ici, je traverse presque la même chose. Bien sûr, ici c’est moins grave, mais… quand même, c’est compliqué. Bref… J’ai commencé à travailler avec eux quand j’étais en deuxième année à la faculté, en 2005, et jusqu’à fin 2012, quand j’ai quitté le pays pour venir en France. Ensuite, j’ai fait les démarches pour avoir le statut d’artiste-auteur. Je l’ai obtenu en 2014, mais, pour gagner ma vie, je travaillais pas mal dans des bars et des restaurants, souvent au black.
Est-ce que tu passais par des organismes ou des associations qui t’aidaient à trouver du travail dans le photojournalisme ?
Je connais des journalistes et des photographes, même français, qui galèrent. De manière générale, trouver du travail comme photojournaliste, ce n’est pas évident. Je me rappelle que j’ai été invité au festival Visa pour l’image à Perpignan, en 2014, pour présenter mes travaux autour du journalisme. Là-bas, j’ai reçu des propositions de la part de rédacteurs en chef pour aller soit en Irak, soit en Syrie, pour faire de la photo de guerre et du reportage. Mais j’ai refusé. En vrai, ça ne m’intéressait pas. Parce que je sais ce que c’est, l’atrocité : voir des gens mourir devant toi. Je n’ai pas envie de retourner là-dedans, de revoir des cadavres…
Après ça, je n’ai pas eu beaucoup de propositions dans le journalisme. Seulement une fois, j’ai fait un reportage avec Paris Match, à partir des photos que j’avais faites au Yémen avant de venir en France, sur les trafiquants entre le Yémen et l’Arabie saoudite. Il y a eu aussi quelques publications de photos, ici et là, dans différents journaux, mais c’était souvent mal payé, voire pas payé du tout.
C’est pour ça que j’ai décidé de passer un diplôme en animation. Je me suis rendu compte qu’en tant que journaliste, ce n’était pas évident de gagner sa vie. Et même France Travail ne m’a jamais aidé à trouver un travail en lien avec le journalisme. La plupart du temps, ils me proposaient de travailler comme agent de sécurité ou d’accueil. Je leur disais : « Regardez-moi, avec le physique que j’ai, n’importe qui pourrait me frapper » (sourire). Ou alors, on me proposait de travailler sur des chantiers. Même récemment, on m’a proposé de travailler sur un chantier, alors qu’ils savent que j’ai deux doigts cassé, et que je vais encore subir deux opérations, que je suis reconnu invalide, que j’ai des vertèbres abîmées, et que j’ai une reconnaissance du médecin du travail. Malgré tout ça, ils continuent à me proposer des chantiers. Après, ils sont parfois obligés de poser ce genre de questions pour faire le tri et la sélection… bref.
En 2015, j’ai passé un diplôme de BPJEPS (Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport), option animation socioculturelle.
J’ai envoyé beaucoup de candidatures, mais je n’ai pas réussi à trouver un travail. Tout le monde me disait que j’avais un bon CV, avec une longue expérience de travail social au Yémen et je passais des entretiens d’embauche, et à chaque fois on me disait : « Vous avez un bon parcours, on revient vers vous », etc. Mais ça n’a jamais fonctionné ni avoir une réponse.