Demander le titre de séjour

[...]

Pour les papiers, vous étiez allés à la préfecture ?

Oui… Par contre, j’ai une anecdote drôle à ce sujet (sourire). La première fois pour aller à la préfecture, on s’est réveillés à cinq heures. On avait préparé le café, les sandwichs, etc., pour faire une longue queue. On est restés devant la préfecture jusqu’à huit heures. On attendait devant la grande préfecture principale. Les agents sont arrivés, ils sont rentrés, et nous, on était assis sur les marches. Après trois heures d’attente, on a osé poser la question :
« Où est-ce qu’on doit aller pour faire une demande de papiers ? »

Et ils nous ont dit :« Vous êtes là depuis quand ? » On a répondu : « Depuis trois heures. »
Et ils nous ont dit que ce n’était pas là qu’il fallait venir pour les papiers des étrangers, mais derrière Castellane, rue Saint-Sébastien, que c’était ce service-là. Donc on a raté une journée entière (sourire). On est allés au site de la préfecture derrière Castellane, mais quand tu arrives vers neuf heures avec tout le monde qui attend et qui fait la queue, il vaut mieux revenir un autre jour. Donc on est retournés le lendemain. Mais après, ce qui était vraiment pénible, c’est que pour déposer mon dossier, ils me demandaient des documents qu’on n’avait pas forcément. Par exemple, mes parents s’étaient mariés au village et ils n’avaient pas de document officiel de mariage. Et on me demandait l’acte de mariage de mes parents et leurs actes de naissance. Du coup, on était obligés de faire ces documents au Yémen pour mon dossier en France. Donc, à mon premier rendez-vous à la préfecture, on n’a pas avancé, parce qu’on m’avait demandé beaucoup de papiers que je n’avais pas. L’attente pour faire tous ces documents au Yémen, puis les envoyer en France surtout, à un moment où la situation au Yémen était déjà très compliquée avec la guerre, a duré plusieurs mois. En plus, l’administration française demandait que tous ces documents soient délivrés depuis moins de six mois. Imagine qu’au Yémen, il y avait trois gouvernements, la procédure administrative était trop longue et trop chère. Surtout qu’après la guerre, le système était devenu tellement corrompu que, parfois, pour un simple document, tu devais payer des centaines d’euros. Et à chaque fois qu’on envoyait les documents à l’administration française, on nous demandait les mêmes papiers, qui étaient déjà enregistrés dans le système administratif français, mais avec une date de délivrance de moins de six mois… Bref, c’était un enfer…

 

Et maintenant, j’ai mon titre de séjour de dix ans, et l’année prochaine il va expirer. Et pour la suite en cette situation, avec la montée de l’extrême droite c’est la panique. Après, la montée de l’extrême droite fait peur à tout le monde… enfin, pas aux fachos (sourire). Des fois, je regrette de ne pas avoir demandé la nationalité. Mais déjà, moi, personnellement, j’ai une phobie des papiers. Il y a beaucoup de documents que je ne peux pas obtenir, avec la guerre au Yémen et surtout à cause de mon passé politique. Tu sais, moi, je viens de Sanaa, et là-bas ce sont les Houthis qui contrôlent la capitale, et je sais qu’ils vont me faire chier, si je demande un papier ou quoi que ce soit.

Mais en novembre ou décembre de l’année dernière, j’ai vu une bonne nouvelle qui disait que les titres de séjour de longue durée se renouvellent automatiquement. Mais je ne sais pas si ça a été voté par le Sénat ou pas. Apparemment, ça a été voté, mais je ne sais pas si ça va être acté ou pas.

Effectivement, les députés ont approuvé le renouvellement des titres de séjour de longue durée

 

 

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