Récit de Lev

Le visa d'APS, visa visitueur

La première fois que nous sommes venus en France, c’était en 2022. Nous sommes venus dans le cadre d’un programme de soutien aux militants Anti-guerre en Russie qui avait été lancé par des pays européen comme la France au début de la guerre. Moi avec ma copine, on a fait toutes les démarches nécessaires pour avoir le visa d’autorisation provisoire de séjour (APS). Depuis, Il y a eu presque 2000 ressortissants de Russie qui ont bénéficie de ce type de visa (APS) par l’ambassade de la France. L’APS était normalement destiné aux étudiants qui ont terminé leurs études et qui souhaitent rester en France pour travailler. Mais avec le déclenchement de la guerre, ce dispositif a été étendu aux ressortissants ukrainiens et aux militants russes anti-guerre. Ce visa (APS) permet d’avoir un emploi, c’est-à-dire d’obtenir un titre de séjour salarié.

Après être arrivé en France, nous nous sommes rendu compte que, l’ambassade de la France à Moscou, avait fait une erreur administrative et le visa que nous ont été délivré c’était le visa de type « visiteur » et pas visa APS. Au début, nous avons pensé que c’était le même et ça ne change pas grande chose. Mais, on a appris qu’avec le visa « visiteur » on pouvait rester dans le territoire français mais on n’avait pas le droit de travailler. Du coup on est allé à la préfecture de la rue Saint-Sébastien pour leurs expliquer, qu’il y avait une erreur administrative de la part de l’ambassade de la France en Russie et qu’on voulait changer le type de notre visa. On nous a dit tout était numériser et toutes demandes seront traité par le site de ANEF et si on a des demandes et des questions, il faut qu’on procède à partir du site. Mais, notre cas était un cas particulier et il n’y avait pas une case ou rubrique pour changer le type de visa. Pourtant, on a envoyé plusieurs fois courriels et lettres qui sont restés sans réponse.

Donc, à chaque fois, nous prenions rendez-vous à la préfecture de la rue Saint-Sébastien juste pour renouveler le visa « visiteur ». Et à chaque fois que nous leur expliquions le problème et demandions une solution, ils nous répondaient que tout ce que nous pouvions faire était de renouveler le visa « visiteur » et qu’il était impossible de changer de type de visa.

Ma copine travaillait dans le domaine de l’édition et voulait créer une maison d’édition ici en France. Elle souhaitait donc demander un passeport talent. Mais pour obtenir ce passeport, il faut avoir un salaire officiel équivalent à 1,5 fois le SMIC. Le problème, c’est qu’avec un visa « visiteur », nous n’avions pas le droit de travailler ni de percevoir un salaire ici.

Face à cette situation, nous avons contacté une amie qui travaillait dans l’association Exil Solidaire à Paris, qui soutient les personnes exilées et avait déjà participé au programme de soutien aux militants antiguerre. Elle nous a conseillé de demander un visa APS, parce qu’avec un visa « visiteur », il était pratiquement impossible de changer de statut directement.

On a aussi contacté une association, Les Amoureux au ban publics, pour trouver une solution. Ils nous ont mis en relation avec une avocate spécialisée dans l’aide juridictionnelle. Les membres de cette association ont rédigé une lettre officielle au service de la préfecture, et j’ai renvoyé cette même lettre par mail chaque jour pendant une semaine. Mais nous n’avons reçu aucune réponse. Les responsables de l’association nous ont finalement conseillé de consulter un avocat privé. Un jour, par hasard, dans un café du quartier, on a sympathisé avec serveuse. Nous avons discuté, et nous lui avons expliqué notre situation. Elle nous a dit connaître une avocate spécialiste des droits des étrangers et nous a donné son contact. Actuellement, cette avocate suit notre dossier.

Cette avocate nous a expliqué que nous pourrions peut-être demander un titre de séjour « vie privée et familiale ». Elle nous a précisé que ce titre est parfois accordé aux personnes vivant en France depuis plusieurs années et parlant bien français. En général, il est attribué aux personnes ayant des enfants scolarisés en France ou une vie stable dans le pays. Donc, il n’était pas sûr du tout que ce titre nous soit accordé.

De toute façon, comme nous avions déjà envoyé une demande de visa APS à la préfecture et que nous n’avions reçu aucune réponse pendant plus de quatre mois, cette demande était considérée comme refusée. Dans cette situation, l’avocate nous a indiqué que nous devions passer par le tribunal pour contester ce refus et essayer d’obtenir un autre type de visa.

Pourquoi vous n’avez pas demandé l’asile depuis le début ?

Parce que je voulais avoir la possibilité de voyager en dehors de l’Union européenne. J’ai un fis de mon ex-femme qui est actuellement en Ukraine. Avec la guerre, nous avions envisagé de le ramener en France et même d’aller le récupérer en Ukraine. Finalement, nous avons changé d’avis et mon fils est resté en Ukraine. À ce moment-là, il était déjà un peu tard pour demander l’asile. L’avocate nous a précisé que demander l’asile après plus de trois ans et demi de résidence en France rend la procédure extrêmement difficile. Le risque de refus est très élevé, et un refus pourrait bloquer toute possibilité de demander un autre type de visa.

Les problèmes pour trouver un logement

Quand vous êtes arrivés à Marseille, est-ce que vous aviez un logement ou des amis pour vous accueillir ?

Nous sommes venus directement à Marseille parce que nous avions un ami ici. Il nous avait promis de nous loger dans son appartement, mais en réalité, il n’a pas pu nous accueillir et ne nous l’a appris qu’à l’aéroport, juste avant notre arrivée. Bref, nous n’avons pas pu loger chez lui.

Heureusement, ma copine connaissait un autre ami qui habitait à Marseille. Il a pu nous trouver une chambre pour une semaine. Après ce logement temporaire, nous avons continué à chercher un logement grâce aux réseaux féministes que ma copine connaissait à Marseille. Nous avons trouvé une autre chambre, mais elle aussi était provisoire. Ensuite, nous avons dû louer une chambre via Airbnb, ce qui était très cher.

Nous avons continué à chercher des logements via les réseaux russes en France et, entre-temps, nous changions d’appartement presque chaque mois, jusqu’en novembre 2023. Vivre ainsi était extrêmement coûteux. J’avais un appartement en Russie. En septembre 2023, je suis retourné en Russie pour vendre mon appartement, puis je suis revenu en France.

Finalement, nous avons trouvé un appartement à louer grâce à des groupes Facebook de Russes vivant en France. Cet appartement appartenait à une femme russophone qui précisait qu’elle voulait louer à des Slaves et refusait de louer aux Français ou aux Arabes. Pour nous, c’était une chance, parce qu’avec un visa « visiteur » qui ne permet pas de travailler, il aurait été impossible de louer un appartement ailleurs. Mais comme nous étions russes, elle a accepté notre dossier.

Travailler sans droit au travail

Comment vous payez votre loyer ?

 

C’est très compliqué. En réalité, nous payons principalement le loyer avec nos économies, qui touchent maintenant à leur fin. Entre-temps, ma copine et moi donnons des cours de français et d’anglais en ligne pour des Russes qui vivent en Russie. Nous essayons de travailler via ces plateformes en ligne pour gagner un peu d’argent.

L’importance de développer un réseau

Si tu voulais donner des conseils, d’après ton expérience, pour un immigré qui arrive en France, ce serait quoi ?

 

Nous nous sommes un peu surestimés. Nous pensions que, comme nous maîtrisions la langue, nous réussirions facilement à construire notre réseau et à trouver des solutions à nos problèmes. Il ne faut pas se surestimer quand on arrive en France en tant qu’immigrant. C’était notre plus grande erreur. Il faut toujours chercher des contacts dans la diaspora.

Nous, comme nous étions contre la guerre en Russie, craignions de rencontrer des Russes qui la soutiennent, donc nous ne cherchions pas à entrer en contact avec des Russes en France. Alors que ça aurait pu faciliter les choses. Mais au-delà des contacts avec sa propre diaspora, il faut toujours chercher à élargir son réseau. Ici, en tant qu’immigrant, il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas et pour lesquelles nous avons besoin d’aide. Il ne faut pas se contenter de ses réseaux existants.

Par expérience, je peux aussi dire qu’il est difficile de créer des liens proches avec les Français. C’est une autre culture. Par exemple, en France, voir ses amis une fois tous les six mois est considéré comme normal, alors qu’en Russie c’est très différent. La société française est beaucoup plus individualiste. Peut-être que si on réussit à trouver un travail, il serait plus facile de construire des liens sociaux, mais moi, depuis le début, je n’ai pas eu le droit de travailler. Bref, cherchez pou construire vos réseaux.