Récit de Martina

Je m’appelle Martina, j’ai 23 ans, je viens d’Équateur et je suis à Marseille depuis 2022. Je suis venue en France pour suivre mes études. J’ai fait ma licence à Toulouse et à Lyon, et je suis venue à Marseille pour faire mon master. J’ai fini mon master l’année dernière.

Quand je suis arrivée à Marseille, j’ai loué un petit studio dans une résidence étudiante. Il faisait 15 mètres carrés. Je voulais absolument changer de studio pour quelque chose d’un peu plus grand. Après un an, j’ai réussi à trouver un appartement au boulevard Baille. J’ai trouvé cet appartement avec une agence immobilière.

Les galères pour trouver un logement

L’appartement est plus grand, il fait 20 mètres carrés, mais ce n’est pas idéal. En réalité, l’agence immobilière et le propriétaire cherchaient un locataire qui resterait plus d’un an. Comme ils savaient qu’en tant qu’étudiante je ne pouvais pas trop bouger et que je n’avais pas beaucoup de possibilités pour changer d’appartement, ils ont profité de ma précarité.

Très vite, je me suis rendu compte que l’appartement avait beaucoup de problèmes. Le principal problème était l’humidité. L’appartement était trop humide. J’ai finalement fait venir un monsieur pour mesurer l’humidité, et il m’a dit que cet appartement n’était pas vivable. L’humidité était à 90 %. C’est pour cette raison que je tombais souvent malade, et assez gravement.

L’agence a mis un an avant de faire venir quelqu’un pour traiter le problème d’humidité. Je ne pouvais rien faire, parce que je n’avais pas d’autre choix. Je n’avais pas assez d’argent pour trouver un autre appartement.

Cela fait maintenant trois ans que j’habite là-bas. Il y a aussi d’autres problèmes, mais je ne peux pas changer d’appartement. Par exemple, la porte d’entrée de l’immeuble est juste à côté de mon appartement, et mon lit est contre le mur qui donne sur cette porte. Quand quelqu’un entre ou sort, la porte fait trembler le mur. Par exemple, il y a un monsieur qui sort tous les jours à 7h20, et je me réveille à cause du claquement de la porte et des vibrations du mur.

Pour cet appartement de 20 mètres carrés, je paie 570 euros. Oui… c’est une grosse arnaque. Mais c’était le seul appartement que j’ai pu trouver.

Le visa étudiant ainsi que la carte de recherche d’emploi et de création d’entreprise

Est-ce que tu as toujours le visa étudiant ?

 

Quand je suis venue à Marseille, comme je m’étais inscrite en master et que la durée du master est de deux ans, j’ai obtenu un visa étudiant de deux ans. Ensuite, j’ai prolongé d’un an pour rédiger et soutenir mon mémoire, donc on m’a renouvelé mon visa étudiant pour un an de plus.

Mais l’année dernière, j’ai terminé mon master et comme je n’étais plus étudiante, je ne pouvais plus demander un visa étudiant. Il existait cependant un autre type de titre de séjour qui s’appelle la carte de recherche d’emploi et de création d’entreprise. Cette carte est valable un an. A la fin de validité de  cette carte, je dois trouver un travail en lien avec mes études et gagner 1,5 fois le SMIC, pour pouvoir changer de statut.

Comme j’ai fait des études en sciences humaines et sociales, trouver un travail payé 1,5 fois le SMIC est pratiquement impossible. Donc j’essaie de trouver un contrat doctoral avec financement, ce qui me permettrait d’obtenir un passeport talent – chercheur pendant la durée de mon doctorat.

En ce moment, avec la carte de recherche d’emploi qu’on m’a donné, tout est un peu confus par rapport à mes droits au travail. Je suis allée dans plusieurs points d’appuis, et on m’a dit que la carte de recherche d’emploi et de création d’entreprise me donne un an pour trouver un emploi correspondant à mes études et au salaire 1,5 fois le SMIC. Mais pendant cette année, j’ai le droit de travailler dans n’importe quel secteur, par exemple dans la restauration ou autres secteurs.

Du coup, je me suis dit que j’allais travailler à temps partiel dans la restauration, et consacrer le reste de mon temps à préparer un projet de doctorat pour l’année prochaine. J’ai commencé à déposer mon CV dans plusieurs bars et restaurants depuis octobre. J’ai aussi envoyé des candidatures en ligne sur la plateforme Indeed. J’ai beaucoup galéré. Pour payer mon loyer et subvenir à mes besoins essentiels, j’empruntais de l’argent à mes amis. Je ne sais pas si c’était parce que je suis étrangère ou simplement à cause de la saison, mais j’ai eu beaucoup de difficultés à trouver un emploi, même dans la restauration.

trouver un poste dans la restauration et pour faire face au blocage du contrat de travail.

Finalement, j’ai trouvé un poste en décembre dans un restaurant situé dans une clinique. Je me suis dit qu’au moins, avec ce travail, je pourrais commencer à payer mon loyer et couvrir mes besoins de base. Mais après deux semaines de travail, on m’a dit qu’ils n’arrivaient pas à enregistrer mon contrat sur la plateforme DPAE(Déclaration Préalable à l’Embauche). Et lorsque l’employeur essayait d’ajouter l’activité de restauration à mon profil, le système bloquait. Donc, je n’ai pas pu continuer à travailler. Et pour les deux semaines que j’avais travaillées, ils ont fait passer mon contrat par une agence d’intérim pour que je puisse être payée.

Mais je ne savais pas quel était le problème ni pourquoi on ne pouvait pas valider mon contrat. Pour comprendre ce qui bloquait, j’ai de nouveau contacté le point d’appui. J’avais besoin de savoir exactement si j’avais le droit de travailler dans n’importe quel secteur ou non, et si je pouvais accepter un emploi payé en dessous de 1,5 fois le SMIC… Parce que si je trouve un travail et qu’à chaque fois on me dit que, à cause de ma carte, je ne peux pas avoir de contrat, c’est impossible d’avancer.

Au point d’appui, on m’a dit encore une autre fois que j’ai le droit de travailler dans n’importe quel secteur et que je ne suis pas obligée de trouver un emploi en lien avec mes études, payé 1,5 fois le SMIC, pendant cette année. Ensuite, j’ai appelé Allô Service Public pour leur demander aussi. Mais quand j’ai appelé Service Public, une dame m’a dit exactement le contraire, elle m’a dit que mon travail devait obligatoirement être en lien avec mes études et payé 1,5 fois le SMIC.

J’ai rappelé une deuxième fois pour leur expliquer que le point d’appui m’avait informée que le critère du travail en lien avec mes études concerne uniquement le renouvellement du titre de séjour, et que pendant l’année en cours, je peux travailler dans n’importe quel secteur. La même dame m’a répondu encore une fois : non, il faut trouver un travail en lien avec vos études et payé 1,5 fois le SMIC. Et finalement, elle m’a renvoyée vers France Travail.

Je suis allée à France Travail, et ils m’ont dit que comme j’ai moins de 25 ans, ce n’est pas eux qui doivent me suivre, mais c’est à la Mission Locale que je dois m’adresser.

Je suis donc allée à la Mission Locale. Ils m’ont simplement donné une feuille qui expliquait ce que je peux faire avec une carte de recherche d’emploi et de création d’entreprise. Sur cette feuille, il y avait seulement une ligne qui indiquait que j’ai le droit de travailler, sans plus de précisions. Je suis allée dans différentes structures pour savoir si j’ai le droit de travailler, dans quels secteurs et dans quelles conditions. À chaque fois, on me disait que c’était étrange et que normalement je peux travailler dans n’importe quel secteur et bénéficier pleinement du droit du travail. Je suis même allée à la Maison départementale de lutte contre les discriminations. Là-bas, un conseiller aide les personnes étrangères à connaître leurs droits. Mais chaque fois que j’explique ma situation, les gens sont surpris et ne comprennent pas le problème. Lui m’a dit que je devais trouver un travail en lien avec mes études et payé 1,5 fois le SMIC.

Je me suis dit que ce n’était pas possible de continuer comme ça. Juste avant Noël, il y avait une journée en présentiel du point d’appui, ouverte à tous, vers la Porte d’Aix. J’y suis allée. Il y avait un juriste à qui j’ai expliqué ma situation. Je lui ai dit que je ne partirais pas tant qu’on ne m’aurait pas clairement expliqué ce que je peux faire et dans quel secteur je peux travailler. Avec le juriste, on a trouvé les lois par rapport aux personnes titulaires d’une carte de recherche d’emploi et de création d’entreprise. Selon le juriste, je peux travailler dans tous les secteurs, mais pas avec un contrat en CDI. D’après lui, le problème la dernière fois venait du fait que mon employeur voulait me proposer un CDI. Sinon, il n’y aurait aucun problème. L’employeur s’était rendu compte de cette situation qu’une semaine après que je commence à travailler, selon le juriste profitant des mauvaises informations et ne voulant pas passer par un CDD, j’ai été payé pour 2 semaines de travail passant par une agence intérimaire et n’ayant plus d’emploi à nouveau mi-décembre, juste avant les vacances de fin d’année.

Alors que le Service Public continue à me dire que je dois obligatoirement trouver un travail en lien avec mes études…

Avant tout ça, je m’étais inscrite à la Mission Locale pour avoir accès au Contrat d’Engagement Jeune.  J’ai même pas pu bénéficier de contrat d’engagement jeune, alors que j’ai moins de 25 ans et en principe je dois bénéficier de ce contrat.

La diminution du contrat d’Engagement Jeune et toujours à la recherche d’un emploi.

Tu peux expliquer en quoi consiste le Contrat d’Engagement Jeune et pourquoi tu n’as pas pu en bénéficier ?

Ce contrat est destiné aux jeunes de moins de 25 ans. Il permet d’avoir un suivi personnalisé pour trouver un travail, en passant par des formations, et on reçoit une aide mensuelle qui peut aller jusqu’à 540 euros. Mais il y a eu une coupure de budget dans le secteur social et je n’ai rien reçu. Apparemment, d’après ce qu’ils ont dit, ils sont en train de limiter le Contrat d’Engagement Jeune et de prioriser ces aides pour les jeunes des quartiers défavorisés ou sensibles.

En ce moment, même pour manger, je galère. C’est pour ça que je me suis fait passer pour étudiante avec la carte étudiante de ma sœur, pour que je puisse recevoir un panier de légumes qu’une association qui s’appelle Linkee, distribue pour les étudiants.

Ce qui m’a aussi aidée, c’est que depuis octobre, je suis considérée comme personne sans activité et mon APL (allocation logement), versée par la CAF, a augmenté à 300 euros. Comme l’augmentation était rétroactive, j’ai reçu une somme qui m’a beaucoup aidée.

 

Je continue toujours à envoyer mon cv pour les restaurants et les bars. Mais, en attendant, je vais travailler comme nounou pour une famille que mon amie m’a proposée. C’est un travail que je faisais souvent pendant mes études. Ce n’est pas un travail qui me plaît vraiment, parce qu’on entre dans l’intimité des familles et parfois dans leurs problèmes. Je n’ai pas toujours eu de bonnes expériences.

Depuis octobre, je voulais trouver un travail relativement stable et à mi-temps. Mais je suis obligée d’accepter cette proposition. La famille que j’ai rencontrée était très sympathique, donc j’ai accepté. Et je n’ai pas d’autre option.

À côté de ça, quand j’étais étudiante j’ai rencontré un monsieur qui travaillait comme guide touristique. Il m’a parlé des plateformes sur lesquelles on peut proposer des visites guidées de Marseille aux touristes. Il existe plusieurs plateformes comme Freetour.com, Guruwalk, Civitatis et d’autres. Selon la saison, il y a pas mal de touristes hispanophones à Marseille. Je leur fais visiter la ville comme guide, et je gagne un peu comme ça aussi.

Construire ses réseaux amicaux

Est-ce que tu as eu des problèmes pour construire tes réseaux amicaux ?

 

Comme j’étais étudiante, pas vraiment. Mon premier réseau s’est construit dans l’université. J’ai plusieurs amis que j’ai rencontrés pendant le master. Et puis… tu sais, moi, en tant que Latina, je ne peux pas me passer de la danse (sourire). Sinon, avec tous les problèmes que j’ai, je deviendrais folle. Si je tiens encore debout aujourd’hui, je pense que c’est grâce à la danse (sourire).

Du coup, j’allais à La Place des Canailles, qui est située aux Docks. Là-bas, on apprend à danser la salsa. C’est super, mais c’est cher. Il y a aussi une association qui s’appelle Rico Latino, qui propose des activités culturelles aux migrants latino-américains. Ils proposent aussi des cours de français. Je fréquentais également Casa Colorada, qui était un lieu de rencontre pour moi.  Pour les latinos à Marseille, il existe aussi un groupe WhatsApp qui s’appelle «Latin@sen Marseille ». C’est un groupe d’entraide pour les personnes latinos installées à Marseille. Tous ces réseaux m’ont aidée à construire mon cercle d’amis.

En plus, j’ai réussi à créer un groupe d’amies grâce à la manifestation du 8 mars, pour la Journée internationale des droits des femmes. Il y a deux ans, j’ai participé avec des amies à la manif du 8 mars. Nous avons rencontré d’autres femmes, et cela a permis de créer un groupe d’amitié féministe très proche. Nous sommes neuf, nous nous voyons très souvent, et elles sont devenues mes meilleures amies. Et l’année dernière, nous avons manifesté ensemble et nous avons rencontré environ 60 femmes latinos qui participaient à la Journée internationale des droits des femmes. Maintenant, on essaie de créer un collectif féministe latino.

La maison des femmes; lutte contre violence faites aux femmes

En vrai, c’est un peu délicat. Quand je suis arrivée en France pour la première fois, à Toulouse, j’ai vécu une violence sexuelle très traumatisante. J’ai traversé beaucoup d’épreuves, y compris juridiques, alors que j’étais seule en France à 18 ans. Il y avait certains membres de la famille, mais ils préféraient le silence au lieu de vraiment comprendre et m’aider.

Je suis allée à la fac pour leur demander si je pouvais faire quelque chose et poursuivre cette affaire juridiquement. Mais, en vrai l’université à part organiser des journées contre les violences faites aux femmes, ne fait pas grand-chose par rapport à la violence sexuelle. En réalité, ils ne savent pas vraiment comment accompagner les victimes.

C’est plus tard, ici à Marseille, que j’ai rencontré l’association La Maison des Femmes. Cette association est vraiment incroyable. Elles ont toutes les informations concernant les violences contre les femmes. Elles connaissent de nombreux collectifs, ainsi que les noms de juristes, de gynécologues, de sexologues, etc. Grâce à elles, j’ai pu rejoindre un groupe de parole. Je participe à ce groupe une fois par mois. Dans ce groupe, il y a une psychologue qui nous accompagne toutes. Cela m’a vraiment aidée.

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