L’intégration universitaire en tant qu’étudiant étranger et le racisme ; « Pourquoi ils n’ont pas voulu mes brownies… ? »
Quand je suis arrivé en France, je parlais déjà français. J’avais un niveau B2. À Polytech Lyon, il y avait beaucoup d’étudiants étrangers, et on était obligés de suivre des cours de français. J’y participais aussi à l’université. C’était une période difficile. Les études d’ingénieur demandent déjà beaucoup d’efforts, et les faire en français rendait les choses encore plus compliquées.
C’était compliqué surtout que l’idée de poursuivre mes études en France ne venait pas de moi. C’était plutôt le choix de mes parents. Moi, je ne voulais pas vraiment, mais j’ai fini par accepter.
À l’INSA de Lyon (Institut National des Sciences Appliquées), il y avait plusieurs filières. Moi, j’étais en AMERINSA, où il y avait moitié d’étudiants latino-américains et moitié d’étudiants français. Il y avait aussi ASINSA, avec des étudiants asiatiques et français, et EURINSA, où les cours étaient en anglais. Quand je suis arrivé, j’étais donc en AMERINSA, avec d’autres Latino-Américains et des Français qui avaient choisi cette filière pour échanger avec les latinos. Mais même dans ce contexte, il y avait quand même pas mal de remarques racistes, de la part de certains étudiants, et parfois même de certains professeurs. ça a rendu mon expérience universitaire à Lyon assez difficile.
Franchement, je pense que mes années à Lyon ont été parmi les plus dépressives. C’était le début de ma vie d’immigré, j’étais seul, j’avais 18 ans. Je trouvais les gens à Lyon assez froids. La météo jouait aussi un rôle : parfois il faisait très chaud, parfois très froid. Mais surtout, je ressentais une certaine distance avec les gens. J’avais l’impression de faire beaucoup d’efforts pour me faire des amis français, mais je n’y arrivais pas. Pourtant, je parlais déjà français. Certains de mes amis étrangers ne parlaient pas la langue en arrivant, mais pour moi ce n’était pas le problème. Malgré ça, c’était difficile de créer des liens avec les Français.
En revanche, c’était beaucoup plus simple avec d’autres étrangers : des Marocains, des Algériens etc. Je ne comprenais pas pourquoi les Français semblaient plus distants. Je ne comprenais pas pourquoi ils n’étaient pas curieux d’en savoir plus sur moi ou sur mon pays, alors que je venais d’un autre continent. Même avec des étudiants latino-américains d’autres pays, comme la Colombie, on était curieux et on se demandaient beaucoup de questions et ça donnait l’occasion de nouer un lien. Je me demandais si les français étaient timides ou s’ils voulaient simplement respecter mon espace…. Je n’ai jamais compris. Je me sentais donc plus à l’aise avec les Latino-Américains ou avec d’autres étrangers.
Je me souviens aussi d’une expérience à Marseille, à l’école d’ingénieur. Une fois, j’avais apporté des brownies faits maison pour un travail de groupe. Seuls des étudiants marocains ou algériens en ont pris. Les Français n’y ont même pas touché. Quand je rapportais des produits du Pérou, ils n’y touchaient pas. Je peux comprendre que certaines choses paraissent inhabituelles, mais même des choses simples, comme du chocolat, ils ne les prenaient pas. C’est quelque chose qui m’a marqué quand-même et que je trouve encore étrange.
Pourquoi ils n’ont pas voulu mes brownies… ?