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Récit de Omar et Aicha

Récit récolté par l’Observatoire Asile de Marseille

En Italique, les commentaires et précisions des intervieweurs, membres de l’Observatoire.

Omar et Aicha sont guinéens, ils sont arrivés à Marseille avec leurs 2 enfant âgés de 4 et 6 ans.

Ils nous accueillent dans leur chambre d’hôtel située à Septèmes les Vallons, les enfants sont à l’école. Omar nous propose un café et nous commençons le recueil de leur témoignage, qu’ils ont volontiers accepté de donner.

De la rue à l’hôtel, de Marseille à Septèmes-les-Vallons

Nous sommes arrivés à Marseille en début d’été 2017 et nous avons commencé à faire nos démarches. Nous avons passé la première nuit devant la PADA, il y avait déjà une famille qui attendait et d’autres personnes sont arrivées au cours de la nuit.

Nous avons été reçus le jour même par la PADA, le rendez-vous s’est bien passé, on nous a inscrits pour la demande d’asile : la personne qui nous a reçus nous a remis une lettre avec un rendez-vous en Préfecture à la mi-août.

Ça a été très dur pendant les 3 premiers jours, nous avons dormi dans la rue entre la mairie du 1er et 7ème arrondissement et l’avenue Cantini où nous avons trouvé un banc. Je ne veux même pas en parler… J’ai demandé à un monsieur dans la rue et il m’a expliqué que je pouvais appeler le 115. Il m’a prêté son téléphone, parce que le mien ne marchait plus, je n’avais plus de batterie et j’ai pu joindre le 115. On nous a donné 3 jours à l’hôtel. Le 4ème jour, j’ai demandé à une personne du Samu Social qu’il appelle le 115. Il n’a pas réussi.

J’ai été à la PADA pour qu’on appelle le 115. On m’a répondu : « ll y a des milliers de personnes comme vous, avant on le faisait, mais plus maintenant.  »

Finalement, on a réussi à joindre le 115 et on nous a redonné 6 jours d’hôtel. 2 jours avant que l’hôtel se termine je suis reparti à la PADA et j’ai insisté.

Ils m’ont dit qu’ils envoyaient un message pour nous, mais je ne sais pas à qui, la personne de la PADA a pris mon numéro de téléphone et cette dame a rappelé le 9ème jour à 17h pour me dire que notre demande était acceptée. Et c’est depuis ce jour que nous sommes dans cet hôtel. Je connais un Guinéen qui a dû patienter 40 jours avant d’avoir un rendez-vous à la Préfecture, dont deux semaines à la rue. Finalement il a décidé de partir en Allemagne.

J’ai vu ce qui se passait pour d’autres familles, il y a même des hôtels où il faut acheter des produits pour déboucher les lavabos et les WC. Je ne connaissais rien d’ici. Avant de partir de Libye, nous nous étions préparés, nous avions de l’argent mais tout est parti dans la mer…

A la Préfecture et à la PADA : se battre pour être traité avec respect

Le jour du rendez-vous à la Préfecture nous avons reçu une convocation pour nous présenter un mois plus tard, ils nous ont dit que nous devions revenir le lendemain pour prendre notre attestation de demande d’asile.

Ce même jour, nous avons aussi reçu la carte pour l’argent. On nous a expliqué que nous commencerions à le toucher après 45 jours. Ce premier rendez-vous s’est très mal passé, la personne au guichet de la Préfecture avait un ton très menaçant. J’ai dit que j’allais enregistrer l’échange, alors la dame a changé de ton. Et puis il y a toujours des problèmes de date sur les papiers, des problème d’orthographe des noms, les gens de la Préfecture mélangent les choses et après, ça bloque.

Le lendemain, nous sommes retournés à la Préfecture pour recevoir l’attestation de la demande d’asile et un imprimé : fiche d’observation que nous devions rapporter.

Nous sommes repartis à la Préfecture en septembre 2017 pour notre rendez-vous, on nous a dit ce jour-là que le monsieur qui s’occupe des « Dublin » n’était pas là et que nous devions revenir quelque jour plus tard.

En total, nous avons fait quatre voyages à la Préfecture alors que seulement deux sont en principe nécessaires.

Il n’y avait pas de réponse de l’Italie, le monsieur de la Préfecture nous a expliqué qu’il n’avait pas le droit de prendre notre demande d’asile et qu’il devait  attendre la réponse de l’Italie.

Fin août 2017, nous avons été au rendez-vous que la PADA nous avait donné la première fois que nous nous étions présentés pour avoir des explications sur la procédure d’asile.

Ce jour-là, lorsque nous nous sommes présentés à l’heure du rendez-vous à 13h45, la PADA était fermée. En principe ils ferment à 16h. Je suis revenu le lundi pour avoir un autre rendez-vous, fixé au mercredi.

Ils m’ont donné un rendez-vous quatre jour plus tard à 16h45 : à 17h15, la personne avec qui nous devions avoir le rendez-vous nous a dit qu’elle n’avait pas de rendez-vous avec nous, elle refusait de nous recevoir… J’ai dû changer de ton, je me suis montré volontaire et j’ai dit que je voulais voir la responsable. Finalement, après nous avoir manqué de respect, la personne a accepté de nous recevoir. Mais pendant tout le rendez-vous, cette dame de la PADA n’a pas été correcte, elle est d’ailleurs connue par les demandeurs d’asile pour faire des problèmes.

Septèmes-les-Vallons : entre isolement et solidarité citoyenne

La PADA nous avait donné une inscription au restaurant NOGA, nous avons pu y aller quand nous étions à l’hôtel sur Marseille mais depuis que nous sommes dans cet hôtel à Septèmes ce n’est plus possible d’aller tous les jours à Marseille. Il y a des gens d’ici qui nous amènent à manger, des gens qui apportent du pain, qui préparent des repas, qui donnent. Au début c’était impossible de faire de la cuisine.

Le directeur de l’hôtel met à disposition des personnes un petit local pour la cuisine, une machine à laver, un frigo. J’ai été à la PADA au début, ils m’ont orienté vers la Croix Rouge à la Belle de Mai.

Là, on m’a demandé 5 euros de participation, je leur ai dit que je n’avais que 3,30 euros, ils ont accepté de me donner le colis et m’ont donné un autre rendez-vous fin septembre, mais je n’ai pas osé y retourner, je n’ai toujours pas reçu d’argent et de plus, comme on n’a pas d’argent pour payer le transport, on ne va pas à Marseille. Pour les repas, parfois, il y a beaucoup à partager entre toutes les familles, parfois c’est juste, on garde pour les enfants et nous on boit du café et du sucre. On mange dans la chambre.

Scolariser les enfants

Maintenant les enfants mangent le midi à la cantine : ils ont eu la gratuité une semaine après la rentrée. C’est le gérant de l’hôtel qui nous a beaucoup aidé pour l’inscription des enfants à l’école. C’est un lieu très important pour nous, les institutrices nous ont aidés.

Nous n’avons pas eu de difficulté pour faire soigner nos enfants, grâce à un ami français qui connaissait le système et qui est venu avec moi. C’est grâce à lui que j’ai eu accès à la PASS de l’hôpital Nord. Mais je peux expliquer ce qui est arrivé une nuit lors que j’ai accompagné une maman avec son bébé aux urgences de l’Hôpital Nord ; cette dame ne parle pas le français et son mari devait rester à la maison, ne pouvant pas laisser seuls leurs deux autres enfants. La dame de l’accueil lui demande  «  Où est le papa ? », j’explique qu’il a dû rester auprès des deux aînés. La dame me demande de l’argent, je lui explique la situation, et j’ai été obligé de parler fort…je me suis énervé…On soigne d’abord et après on demande de l’argent. Finalement le bébé a pu être examiné par un médecin qui lui donné une pommade. Mais il a fallu retourner le lendemain avec le directeur de l’hôtel. Cette fois, le bébé a eu une vraie consultation.

Récit d’Aliou

Récit récolté par l’Observatoire Asile de Marseille

En Italique, les commentaires et précisions des intervieweurs, membres de l’Observatoire.

Itinérance, entre errance et attente : PADA, GUDA, ADA, OFPRA, CADA

LA ROUTE DE LA GUINEE A LA FRANCE

Je suis en France depuis 2015. J’ai quitté la Guinée, je suis resté un mois au Mali, après, je suis allé trois mois en Algérie, après l’Algérie, le Maroc, trois – quatre mois, après le Maroc, l’Espagne un mois et demi. Après, je suis venu en France. Je ne savais pas exactement où m’arrêter, je me disais juste que j’allais sortir de Guinée. Moi, je ne me disais pas qu’il fallait que je reste en France ou quelque part, juste il faut sortir de Guinée. Pour la langue, en Espagne c’était un peu difficile pour moi alors qu’en France, je parle déjà la langue, ça c’est beaucoup. En fait, sur la route tout peut arriver, tu peux rencontrer des gens qui sont biens, tu peux rencontrer certains qui ne sont pas bien. Entre l’Algérie et le Mali, là c’est pas bon, là-bas il y a des gens qui tapent des gens, qui te volent, là-bas c’est pas facile, mais au Maroc ça va. J’ai fait la route avec des amis, on a bougé ensemble jusqu’au Mali, au Maroc. On était six, on s’est séparés vers l’Algérie, certains sont partis vers la Libye, nous on a continué pour le Maroc.

FAIRE LA DEMANDE D’ASILE

Dès que je suis rentré à Marseille, je suis resté deux jours à la gare, après, un monsieur à la gare a appelé le 115 pour moi. Il a appelé pendant plus de trente minutes pour avoir une réponse. Ils m’ont donné un mois. Comme je ne connaissais personne à Marseille, je suis resté là-bas, j’ai vu des guinéens, des maliens. Quand j’ai dit mon âge, certains m’ont dit « il faut demander asile », certains «il faut retourner au foyer, tu es encore petit ». Mais moi, j’avais plein de questions dans ma tête, je ne savais pas quoi faire, je suis resté comme ça. Tout le monde me disait « il faut aller demander asile » mais moi je ne connaissais pas ce que c’était l’asile, avant je connaissais pas l’asile. Je me suis dit, « non je demande pas. » Mais un jour, je suis parti à la gare, on m’a arrêté et on m’a demandé les papiers, après ils m’ont demandé mon âge, moi j’ai dit : « J’ai 17 ans ». Après, ils m’ont laissé, ils m’ont dit de partir. Je suis resté comme ça à Marseille, plusieurs mois sans demander l’asile. Et puis un jour, j’étais avec les copains et ils m’ont dit : « Aliou, tu devrais tenter l’asile, on sait pas, peut-être que ça va passer ! » Moi je ne voulais pas, parce que je ne connaissais pas l’asile, je ne savais pas où aller, comment se présenter. Alors un ami m’a dit « Il faut que tu ailles à la Plateforme pour demander l’asile, ils vont te prendre une photo, te donner des papiers et te prendre un rendez-vous pour aller faire les empreintes ». Avant, c’était maximum deux semaines d’attente. Moi, je me rappelle bien, j’ai attendu une semaine, mais maintenant, ça a changé, c’est presque deux mois, quelque chose comme ça. Et à la Plateforme, quand je suis allé demander l’asile, au bout d’un mois, ils m’ont donné une carte au restaurant Noga pour manger en attendant d’avoir l’argent de l’OFII. J’ai commencé à toucher l’ADA un mois après. Et à la Plateforme, c’est eux qui remplissent le dossier pour la CMU pour envoyer je sais pas où. Ils m’ont fait ça dès le début et j’ai eu la CMU deux semaines après. Avant c’était rapide, quand tu demandais l’asile, tout était fait rapidement, mais maintenant, ça prend du temps. Avant, pour avoir la carte de bus, la carte bancaire, c’était rapide, mais maintenant…Et pour aller chercher ton courrier à la Plateforme, ça pose problème, si tu ne sais pas lire ou écrire. Ça a été rapide quand même d’avoir la domiciliation à la Plateforme. Ça fonctionne comme ça, quand tu vois que ton numéro est affiché, tu rentres, ça veut dire que tu as du courrier. Moi j’ai fais ma demande d’asile au mois de mars 2016. Un de mes amis m’a accompagné à la Préfecture, je suis parti avec lui pour demander l’asile. Au début, quand tu vas à la Préfecture, c’est difficile, il y a du monde, parce qu’au début, tu n’as pas rendez-vous mais après, dès que tu as fait les empreintes, tu ne vas pas attendre longtemps : ils te donnent un rendez-vous, après c’est vite fait. Mais au début c’est difficile, tu attends pendant une heure, deux heures, des fois on te dit de revenir demain ou après-demain, c’est fatiguant. J’ai fait les empreintes et après ils m’ont dit « c’est bon », ils m’ont dit « procédure normale ». Ils m’ont demandé à la Préfecture si j’avais besoin d’un traducteur, je leur ai dit « c’est bon » mais sinon ils seraient allé en chercher un si tu as besoin. Moi je parle Malinké, Soussou, Peul et Français. Ça aurait été un traducteur en Peul ou en Soussou si j’avais voulu. Ils m’ont donné les papiers de l’OFPRA et m’ont donné 21 jours pour écrire mon histoire, pourquoi j’ai quitté chez moi. Après, je suis venu à la maison et j’ai montré les papiers, un ami m’a expliqué, il faut faire ça et ça et ça. Il m’a aidé à écrire l’histoire, pourquoi j’ai quitté la Guinée. Et puis il y avait certains papiers à remplir aussi. J’ai tout donné à la Plateforme et elle a tout donné à la Préfecture. À la Préfecture, ils ont envoyé à Paris. Et dès que je suis parti de la Préfecture, ils m’ont donné de quoi faire une carte bancaire à la Poste, pour prendre l’argent. Ils m’ont donné 10 mois jusqu’à ce que j’ai le rendez-vous à Paris. Dès que j’ai eu le récépissé, j’ai un ami et l’association du Manba qui m’a expliqué les papiers. Ils m’ont encore accompagné à la Préfecture. À partir de ce moment, j’ai compris un peu comment je vais faire, par quoi je vais passer.

L’ENTRETIEN A L’OFPRA

Je suis parti, on a parlé, on a parlé, ils m’ont dit « maintenant tu dois attendre la réponse ». Je suis resté encore 2 mois, j’ai été encore convoqué, comme quoi je dois retourner à Paris pour faire un interview. A l’OFPRA, j’ai eu un traducteur en Peul. Il comprenait mais il y avait certains mots, il ne savait pas comment les dire en français. L’entretien a duré presque deux heures. Moi, je ne voulais pas avoir de traducteur mais c’est la Plateforme qui m’a dit que ça serait mieux pour moi, comme ça, je pourrais mieux m’exprimer. Maintenant, ils m’ont envoyé un courrier négatif. Alors j’ai fait recours et j’attends, je ne sais pas si ça va passer.

L’HÉBERGEMENT EN CADA

Je suis parti au foyer en décembre 2016. Ça va, c’est tranquille, tu as ta chambre et tout. Moi j’appelais l’OFII et ils me disaient qu’il fallait que j’attende, qu’ils allaient me rappeler. Et un jour, ils m’ont demandé si je voulais une chambre à Cavaillon. J’ai demandé s’il y avait à Marseille, ils m’ont dit que pour le moment non. Alors je suis parti à la Plateforme et elle m’a donné l’adresse et le numéro du CADA, le billet de train pour y aller et je suis parti. Là-bas c’est bien, tu fais comme tu veux, il n’y a pas de contrôle. Maintenant, si j’ai besoin d’aller à la Préfecture, vu que je suis en CADA, c’est eux qui me paient le ticket de bus. Mais si tu n’as pas de CADA, il faut que tu trouves une association, sinon c’est difficile. Des fois, si tu dois aller à Paris, si tu n’as pas l’argent pour y aller, c’est compliqué.

Délaissement, dénuement, privation, péril

Je suis venu en France, j’étais mineur, j’avais 17 ans. Je suis venu en France, à Paris. Là-bas, j’ai demandé des contacts et il y a quelqu’un qui m’a amené au foyer de l’enfance. Je me suis présenté, ils m’ont pris et m’ont donné à manger, ils m’ont donné une chambre. Ils m’ont donné trois tickets de 5 euros pour manger. J’y suis resté un mois. Mais de Paris, ils m’ont envoyé à Tarbes dans une famille d’accueil, parce qu’au foyer il n’y avait pas de places pour dormir. Ils m’ont dit « tu restes dans la famille jusqu’à ce que le juge dise si c’est ok ou pas pour le foyer.» Après le juge a décidé de me garder jusqu’à ce que j’ai 18 ans et je suis allé au foyer de l’enfance à Nîmes pendant un mois. Là-bas, ils m’ont envoyé au juge de l’enfance, au tribunal. Le juge m’a dit, « Il te reste trois mois avant d’avoir 18 ans, pendant trois mois tu vas pas pouvoir aller à l’école ». Alors moi, j’ai quitté le foyer pour Marseille. Le juge m’a appelé, enfin la justice : « Tu es où ? » Moi : « Je sais pas ». Il m’a dit « Viens, tu vas nous expliquer ce que tu veux. Si tu ne reviens pas, on va donner ta photo à la Police ». Ils vont me chercher pour me ramener encore à Nîmes. Quand je suis arrivé à Marseille, je n’avais pas encore 18 ans, personne ne m’a amené voir un foyer de l’enfance, je ne connaissais pas Addap 13. Je n’ai fait aucune démarche en tant que mineur à Marseille, après Nîmes j’étais dégoûté.

Vulnérabilité, détresse et atteintes aux droits fondamentaux des enfants et adultes

J’aurai eu besoin d’une aide psychologique parce que dans ça, tu peux avoir des renseignements autres. Parce que toutes les personnes qui viennent, qui passent par la mer, qui viennent, quand même c’est pas facile. La personne, elle vient, elle marche bien, elle est tranquille mais dans la tête ça ne marche pas. Ah ouais, la tête non, elle est fatiguée ! Moi j’étais fatigué, la tête, tout. Ça aurait été bien un appui psychologique, personne ne m’a orienté vers ça. Je suis resté comme ça et quand tu restes trop dans ça, tu deviens fou. Et moi, je connaissais pas s’il existait des choses pour m’aider, c’est quand je suis parti au CADA, c’est eux qui m’ont expliqué si je voulais aller voir un psychologue. Ils m’ont envoyé voir le psychologue, j’ai parlé avec lui. A la Plateforme, on ne m’a pas dit que ça existait.

Isolement dans des démarches, absence de réponse aux besoins vitaux

Le plus dur quand je suis arrivé, ça a été d’avoir un endroit pour dormir et deuxièmement, le plus dur, c’était de rencontrer quelqu’un qui te montre les démarches, pour t’intégrer, pour arranger tes problèmes de papiers, qui ? Tu connais personne, comment tu vas te présenter à quelqu’un, voilà. C’est se renseigner pour savoir comment ça fonctionne. Mais la première chose, c’est la maison, là où tu vas dormir, ça c’est vraiment inquiétant. Après si tu as un endroit pour dormir, le reste va venir. Parce que ça ne sert à rien au début de chercher des gens pour aller te promener, il faut chercher des gens qui savent comment ça fonctionne. Quand tu arrives dans un pays, il faut chercher des gens qui sont là depuis longtemps. Mais quand tu arrives, tu cherches aussi des gens qui sont comme toi, qui sont dans la merde. Il faut tout de suite demander, il faut sortir, se promener, il faut chercher des associations, des aides. Et c’est les gens comme moi qui m’ont donné des informations aussi parce qu’entre nous, si on a eu du bonheur ici, on dit aux gens d’aller là. Il faut pas avoir peur d’aller demander aux gens, tu ne sais pas qui va t’arranger mais si tu ne demandes pas, tu ne vas rien avoir. Maintenant je connais beaucoup de monde à Marseille parce que je n’ai pas eu honte de demander. Je veux dire à toutes les personnes qui vont venir à Marseille ou quelque part, quand tu arrives dans un lieu, il faut chercher des renseignements, des connaissances, comment ça fonctionne. Il ne faut pas rester dans ton coin, tu ne vas pas savoir tout seul. Voilà, quand tu demandes, tu vas trouver c’est obligé. Si tu ne demandes pas, tu ne vas rien voir. Il ne faut pas avoir peur, pas avoir honte de demander.

Le relais des associations, des structures et des anonymes

A Marseille, il y a un peu d’aide, si il y a des gens qui te voient, ils t’aident un peu. Il y a des associations qui vont t’aider. Il y a des gens qui sont biens, si tu es dans la galère, il y a des gens qui vont te dépanner. Moi à Marseille, j’ai eu beaucoup d’aide, il y a des gens qui m’ont donné des vêtements, des chaussures, de l’argent, à manger, tout ici à Marseille. Le premier jour où je suis arrivé à la gare, j’ai dormi une nuit dehors. Après y a eu le 115 et après l’association. Le 115, j’y suis resté un mois, jusqu’à ce que je rencontre un ami à la gare, on y était allé pour manger. J’ai discuté avec lui, il m’a demandé d’où je venais, je lui ai dit de Guinée. Il m’a dit qu’un guinéen l’avait aidé en Libye, que maintenant les guinéens ce sont des frères pour lui. Il y avait beaucoup d’associations qui venaient tous les jours à la gare pour donner à manger, c’était bien. Tous les jours ils venaient, on prenaient des vêtements, des chaussures, des couvertures, des livres, il y avait tout dans une voiture. Le midi, j’allais manger à Noga et le soir à la gare. Cet ami, il m’a dit qu’il y a une association qui s’appelle le Manba pour aider les gens, pour les papiers, dormir, manger. Je suis parti au Manba avec un autre ami, on s’est présentés et on nous a donné une maison pour dormir, on dort, on mange, on fait tout tranquille et ça c’est bien !

Après, j’ai appelé mon frère et je lui ai dit franchement «j’ai pas d’argent pour manger. » Il m’a demandé où j’étais, pourquoi j’avais quitté le foyer. Je lui ai expliqué : je suis fatigué, je comprends rien, j’ai pas trouvé l’école, rien, je suis là-bas, seulement je mange, je dors. Il me dit « reviens à Paris ! », moi je ne voulais pas. Il m’a rappelé une semaine plus tard, « Bon, est-ce-que tu trouves à manger ? », moi je lui ai dit « Ouais, quand même je mange mais pas beaucoup ! ». Alors il m’a envoyé de l’argent, 200 euros, avec ça j’ai mangé un peu plus. Il y avait le Manba aussi, l’association, qui me donnait de l’argent un peu pour manger, il donnait aussi des légumes pour nous dépanner. C’est le Manba aussi qui m’a payé le billet de train pour aller faire l’entretien à l’OFPRA, à Paris. La Plateforme, eux, ils m’ont donné CMU, la carte de bus et la carte Noga. Les vêtements, c’est les associations qui me les ont donné. Et puis le matin, j’allais manger chez les sœurs, un truc catholique, quand tu vas là-bas on te prépare des choses pour manger. On te donne aussi des vêtements, des sacs-à-dos. C’est juste à côté de Médecin du monde. Et aussi à médecin du monde, si t’as besoin, ils peuvent t’orienter vers une école, ils te disent que tu as le droit et ils te donnent aussi un papier pour aller manger quelque part. C’est un ami, quand je dormais au foyer au 115, qui m’a montré là-bas. C’est lui qui m’a montré aussi à la gare pour manger. Il y a de l’aide entre migrants, si quelqu’un a besoin de 5 euros, si t’as, tu donnes. Ou bien si quelqu’un connait l’endroit pour faire les papiers, il te dit vas là-bas. Il y avait ça entre nous quand même. Ils te montrent aussi les associations qui aident les gens. Comme on allait tout le temps à la gare pour manger, moi j’en ai présenté certains au Manba, je leur ai montré l’endroit où il y avait les réunions du Manba, je leur ai expliqué, que là on peut les aider pour les papiers. J’en ai envoyé certains. Il y a juste le Manba qui nous a donné un endroit pour dormir. La Plateforme n’a jamais appelé le 115 pour moi. Mais ça dépend, si c’est une fille avec son mari, peut-être la Plateforme va appeler mais si tu es seul, c’est pas facile. Au squat, dès que je suis arrivé, je dormais avec des gens dans la même chambre mais c’était bien, il n’y avait pas d’embrouilles, c’était tranquille, tu dors jusqu’à l’heure où tu veux. Je suis resté un moment comme ça et puis après les gens qui étaient avec nous, ils nous ont dit que si on voulait, on pouvait prendre une chambre en haut. C’était bien, ils nous ont donné à chacun une chambre, jusqu’à ce que je trouve le foyer maintenant.

Il y a une communauté guinéenne à Marseille mais c’est entre les gens qui parlent une même langue en fait. J’ai un ami guinéen qui m’a dit qu’il y a une association de guinéens, des Malinkés, il m’a envoyé les voir. Je me suis présenté mais après ça, personne s’est occupé de moi, personne ne m’a demandé quelque chose. Alors j’en ai parlé à mon ami guinéen et il m’a dit : « Ben, tu connais quand même ! » Après je me suis rappelé directement parce qu’au pays, ça va pas quoi, c’est pas facile entre nous, entre les races, Malinkés et Peuls, non ça va pas ! Moi je leur ai dit que j’avais envie de connaître un peu des guinéens, en cas de problèmes. Des Peuls il y en a quand même à Marseille mais en fait, je suis pas trop intéressé parce que tu vois, c’est pour qu’on te parle des coutumes de l’Afrique, tout pour te rappeler l’Afrique, des histoires. Moi j’ai dis, « c’est bon »(rires), j’y suis pas retourné. Ils te parlent de la famille, des cotisations, mais « c’est bon, si on est là, on est là, si je suis en Afrique, je fais les coutumes de l’Afrique, ça va. » Mais tu viens ici, tu as des choses dans la tête, c’est pas facile. Dans l’association de Malinkés, ils parlaient entre eux, ils ne savaient pas que je parlais le Malinké. Ils parlaient de ce qui se passe entre nous, entre Malinkés et Peuls, ils parlaient de ça ! (rires). C’est comme ça, si tu vas à l’association de Peuls, c’est pareil. J’ai des amis maliens, ivoiriens, mais guinéens, j’ai juste un ami, et il est Malinké. Il me dit, « Aliou, au pays, c’est au pays ! ». Dès qu’il m’a vu, il m’a dit, « Tu es Peul toi, il faut oublier ce qu’il se passe et ce qu’il s’est passé ». On mange ensemble, on se promène, on cotise pour manger, on fait beaucoup de choses ensemble.

Récit d’Ibrahim

Récit récolté par l’Observatoire Asile de Marseille

En Italique, les commentaires et précisions des intervieweurs, membres de l’Observatoire.

On donne Dublin, Dublin…

Je suis arrivé à Marseille en septembre 2017, de l’Italie. Normalement un demandeur d’asile, après le passage à la Plateforme,  pour aller à la Préfecture doit attendre autour de 5 jours. À moi, on m’a fixé un RDV 50 jours après, à la fin du mois d’octobre 2017.

Au début pour avoir le rendez-vous, la PADA ne te demande pas d’expliquer la manière dont tu as quitté chez toi. C’est quand tu vas en Préfecture qu’ils te posent les questions sur d’où tu viens et comment t’es venu.

Moi quand j’arrive dans un lieu, je m’informe pour comprendre ce qui se passe, je dois savoir ce qui se passe et je questionne les autres… Je vois qu’il y a beaucoup beaucoup de personnes en procédure Dublin. On arrive à te donner Dublin et on cherche pas à savoir ce qui se passe avec toi, pourquoi tu es ici, on devrait savoir tout ça d’abord. On donne Dublin, Dublin… Toi tu es venu ici, t’as traversé, Niger, Libye et là on te donne encore Dublin c’est pas facile… Je suis très inquiet de ça, de savoir ce qui va se passer en Préfecture.

Un refuge à l’Alcazar

J’ai une carte de bibliothèque, je vais à l’Alcazar, comme j’ai pas d’endroit où rester je vais là-bas… pour éviter de traîner tout le temps à la Gare Saint Charles…

Moi je fais électricité dans le bâtiment, c’est mon métier. J’ai expliqué à Martine à SOS Voyageur que je veux continuer mes études et Martine m’a envoyé à RESF. Je suis allé là-bas et on m’a expliqué comment faire, on m’a donné des adresses. Donc je suis allé là-bas. Ils m’ont donné deux adresses de lycées, un dans le 13006 (Don Bosco) et un dans le 13016 (Saint Henry). Celui-là (13006) il prend pas de demandeurs d’asile et l’autre il est privé, il faut payer l’inscription…

Ils vont m’appeler quand ils auront trouvé une formation non payante. Moi je ne veux pas rester comme ça sans rien faire.

Tout ce qui concerne les dossiers, je garde tout bien, j’ai tout en place. J’ai mon relevé de notes de mon école en Guinée.

Je vais à l’ADJ Marceau et ils m’expliquent bien comment faire pour rejoindre les adresses que je cherche. Il y a un monsieur très gentil là-bas, qui m’aide beaucoup. Quand j’ai des problèmes et des difficultés, je peux aller le voir. Il me disait d’appeler le 115.

J’ai eu le 115, 1 mois à la Madrague, puis 1 fois 9 jours. Depuis une semaine je suis dans la rue parce qu’il n’y a plus de place au 115. Je reste pas dormir à la gare même, je vais sur une place où il y a des travaux. Ce soir ils m’envoient à la Madrague, je dois y être à 16h. Des fois tu vas là-bas et t’es pas enregistré. Quand t’arrives là-bas, la sécurité t’appelle et si tu n’es pas enregistré, même si le 115 t’a dit d’y aller mais sans t’y enregistrer… eh ben, là tu dors dehors.

Des fois y a des chambres vides (à la Madrague), des fois on est 1 personne dans une chambre de 6 et les lits sont vides alors que des gens dorment dehors, là sous le pont à la gare. Y a des gens qui vont pour manger mais ils dorment pas et y a des lits vides.

Je suis allé une fois à une réunion à l’église, ça a fini tard, je n’ai pas pu retourner à la Madrague, j’ai dû passer la nuit ici (Gare Saint-Charles).

Pour aller manger il faut qu’on te donne le ticket et je n’ai pas eu ça, sans le ticket tu ne manges pas. Il y a un restaurant ou tu peux aller manger mais il faut un ticket et c’est difficile d’avoir le ticket (NOGA). Il y a des associations, il y a les sœurs. Pour manger c’est bon…

Ce qui m’inquiète trop c’est le problème de mes études, je ne peux pas rester là sans rien faire. Et puis la Préfecture. Partout où j’entends qu’il y a des associations et réseaux j’y vais parce que je cherche de l’aide et des réponses. J’écoute tout ce qu’on peut me dire, je néglige pas.

Je vais essayer de combattre…

Je suis allé dans plein d’endroits. Je suis allé au Manba, avec des amis qu’ils ont été aidés ; là-bas on m’a donné à manger, on m’a donné des vêtements. Ils ont dit qu’ils m’appelleraient s’ils trouvent un hébergement. Quand j’y suis allé, il y avait beaucoup de monde la dame était très occupée alors j’ai cédé la place, je ne suis pas resté.

Mais il faut que j’assiste, j’ai vu qu’elle expliquait beaucoup de choses pour la Préfecture, savoir la manière de parler, c’est intéressant. Moi je cherche des renseignements.

Il y a un endroit avec une église (nda., le Secours catholique), ils peuvent aider les migrants à la Préfecture pour Dublin et tout…

Moi je vais essayer de combattre, je vais me défendre…je vais me battre jusqu’au bout. Je vais essayer de continuer mes études et peut-être ça va aller.

Le problème c’est l’hébergement, le froid va arriver, cela provoque des maladies.

Je travaille de temps en temps, l’homme a besoin d’argent pour vivre… pour une journée 40/50 euros…qu’est-ce que tu peux faire ?

Ibrahim nous montre des photos de sa famille. Il parle de son père qui a fait beaucoup d’effort pour qu’ils aillent tous à l’école et qu’ils aient une éducation « lui-même il n’est jamais allé à l’école ».

L’assistante sociale de la Madrague elle te reçoit, elle te demande qu’est-ce qui te fait mal dans ton corps, si t’as mal quelque part. J’ai dit que moi j’ai surtout besoin qu’on m’aide pour l’école, elle m’a dit que c’est trop tard pour moi à 22 ans, ils s’en occupent jusqu’à 20 ans.

Parfois je me dis que si je dis que j’ai 19 ans on pourrait m’aider mais ça va être dans mon dossier donc je fais pas ça.

RESF m’a expliqué qu’ils vont m’aider, ils cherchent une formation non payante.

Et je vais aller au Centres d’Information et Orientation aussi.

Complémént du récit, suite au RDV en Préfecture (récolté par l’Observatoire Asile de Marseille)

Quand je suis allé à la Préfecture et ils m’ont donné un rendez vous dans un mois, en disant que j’ai donné mes empreintes à Paris et que mon dossier est transféré là bas. J’ai jamais mis les pieds à Paris, je viens directement d’Italie. J’ai essayé de parler avec eux et de leur expliquer mais ils ont pas voulu m’écouter. Là bas ce matin il y avait plusieurs personnes qui s’appellent comme moi et ils se sont mélangés…ce n’est pas moi qui était à Paris…

À la Préfecture, tu vois, que c’est difficile, je leur ai aussi donné des photos d’identité et ils ne les trouvaient plus… la dame m’a demandé si j’en avais donné et en fait j’ai vu qu’ils ont mis mes photos sur un autre récépissé, de quelqu’un d’autre….

Je suis allé à la Plateforme et la dame là bas a dit qu’ils allaient appeler la Préfecture pour comprendre ce qui se passe, ils ont dit que c’est pas normal parce que j’ai pas été reçu, j’ai pas la carte bancaire, j’ai pas de récépissé mais juste une convocation avec un numéro de Paris, alors que j’y suis jamais allé!

Hier j’ai rencontré le réseau WELCOME qui me propose un hébergement à partir de novembre, mais avant je n’ai pas de solution, le 115 me dit « demain, demain, demain… » mais il n’y a rien, y a pas de place…