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Récit de Kasim, Azita et leur famille

Nous rencontrons Kasim dans un café du centre-ville. Il est accompagné par une dame qui l’aide bénévolement dans ses démarches. Kasim a accepté de témoigner, nous l’avons rencontré via un bénévole intervenant à la PADA. Il est venu au rendez-vous sans sa femme et ses enfants qui sont restés à l’hôtel (hors du centre-ville). Kasim est ici avec sa famille, sa femme, Azita, et leurs 3 enfants (des jumeaux, fille et garçon de 8 ans et un garçon de 2 ans). La famille est arrivée en juillet 2017 à Marseille. Ils ont quitté l’Afghanistan en août 2016.

 Oui, je veux vider mon cœur et c’est pourquoi je vous raconte tout ça.

Pour venir jusqu’ici on est parti de l’Afghanistan jusqu’en Iran et de l’Iran à la Turquie ; on a tout fait à pieds. Je suis resté en Turquie pendant 45 jours et, pendant 15 jours, nous étions dans un camp fermé. Nous avons essayé 3 fois de traverser la frontière avec la Bulgarie et nous avons réussi la quatrième fois. La police bulgare nous a arrêté et ils se sont comportés avec nous comme si nous n’étions pas humains…. 

Le contrôle des frontières en Bulgarie…

La police bulgare nous a tout pris, notre argent, la nourriture de mes enfants, mon téléphone, les médicaments de mes enfants qui étaient malades et nous ont battus. Ils ont pris nos chaussures et les ont brûlées devant nous, nous avons dû marcher à pieds nus quand ils nous ont dit de faire demi-tour et de repartir en Turquie. Ils ont coupé les bretelles de mon sac à dos… Ils nous battaient et nous renvoyaient en Turquie, à chaque fois qu’on essayait de passer. En arrivant en Turquie nos pieds étaient en sang parce que nous marchions à pieds nus. Nous avons tenté 4 fois de passer… 

La quatrième fois on a réussi à passer et à aller à Sofia en nous cachant sous le plancher d’un camion. Pendant 20 jours nous sommes restés avec les passeurs et nous avons commencé notre voyage de Bulgarie vers la Serbie. Nous avons marché pendant 24 heures pour traverser la frontière et quand nous sommes arrivés à la frontière les passeurs nous ont laissé là pendant 3 jours. J’avais donné de l’argent au passeur pour qu’il achète à manger pour mes enfants mais il a pris l’argent et il nous a laissé juste un pain, pour nous tous. Pendant 3 jours sans rien. Comme le passeur ne revenait pas, je suis descendu sur la route et j’ai trouvé des policiers serbes. Ils nous ont pris et nous ont ramené en Bulgarie. Là on est resté une nuit sous la pluie et les policiers bulgares nous ont amené dans un camp fermé qui s’appelle « Lyubimets ». Ce camp est une prison. A cause de notre nationalité, nous sommes restés enfermés pendant plus de 2 mois avec pas d’argent, pas de nourriture… Nous sommes restés pendant beaucoup de temps, plus de temps que les autres personnes, nous voyons les gens venir et partir et nous sommes restés, dans une pièce de 150 m² environ et nous étions 72 personnes, avec les enfants… Mon fils commençait à avoir des attitudes inquiétantes et je m’inquiétais pour lui, il ne bougeait plus… (Kasim mime des balancements et des mouvements de mains répétitifs qui font penser à des troubles autistiques).

Au bout de deux mois ils nous ont dit que soit on était déporté en Afghanistan, soit on faisait une demande d’asile en Bulgarie. Je ne pouvais pas rentrer en Afghanistan, car j’y ai fui des persécutions. Nous avons donc été contraints déposer une demande d’asile en Bulgarie. Après avoir enregistré notre demande ils nous ont transféré dans un camp ouvert. 

 Là-bas, il n’y a pas de place où vivre, cet endroit est totalement insalubre, sale et pas du tout adapté pour des êtres humains… (Kasim nous montre des photos qu’il a pris dans le camp : murs éventrés, matelas entassés dans des couloirs vides avec des fils électriques qui pendent… moisissures sur les murs, un évier au milieu d’une pièce vide – sa femme lavant des assiettes… l’endroit ressemble plus à une usine désaffectée qu’à un en lieu d’hébergement) 

Nous sommes restés dans cet endroit pendant 7 mois. Le camp de « Voenna Rampa ». Nous n’avions rien, même pas de la nourriture pour les enfants, là-bas tu dois te battre pour tout. Mes enfants sont tombés malades, ils étaient exténués et très faibles, même aujourd’hui ils ont encore des séquelles.

 Là-bas, des bulgares venaient à l’entrée du camp et nous passaient à tabac, ils nous volaient nos affaires et notre nourriture. Quand je suis allé au commissariat pour expliquer la situation, parce que je n’avais plus rien pour mes enfants, les policiers m’ont répondu « c’est très simple, rentres dans ton pays ». Des bandits kidnappent des réfugiés et ensuite demandent des rançons aux familles en Afghanistan. Un ami a été kidnappé et sa famille nous a envoyé les photos nous demandant ce qu’elle pouvait faire… il était dans un très mauvais état, il avait été battu… 

Samir est très mal et pleure en nous racontant tout ce qui s’est passé en Bulgarie. A plusieurs reprises nous lui demandons s’il veut arrêter l’entretien. Il tient à nous raconter ce qu’il a vécu. 

C’est pour toutes ces raisons que j’ai fui la Bulgarie, c’est le premier état européen que j’ai traversé et j’ai rencontré tous ces problèmes : en Bulgarie nous avions peur pour nos vies… 

L’arrivée en France et les délais illégaux pour déposer la demande d’asile

En juillet 2017 j’ai trouvé un passeur que j’ai payé 13.500 euros. Nous sommes restés serrés dans une camionnette au milieu d’outils : 6 adultes et 5 enfants. Pendant 3 jours et 3 nuits. Le passeur nous a dit si ton fils pleure j’en fini avec lui (Kasim mime un geste d’étranglement), j’ai dû donner du sirop à mes enfants pour qu’ils dorment pendant tout le voyage…

Nous avons traversé la frontière avec la Roumanie, puis de la Roumanie à la Hongrie, de la Hongrie à la Slovénie, puis de Slovénie à l’Italie. Et ensuite nous sommes arrivés à Marseille à la fin du mois de juillet.

Nous ne savions pas où aller et ne savions pas si nous allions rester à Marseille. Je n’avais plus d’argent pour continuer plus loin. A la gare j’ai retrouvé un afghan que je connais de notre enfance. Nous avons dormi là où il vit pendant 2 jours et il nous a amené à la Plateforme, et là nous avons pu avoir notre rendez-vous pour enregistrer notre demande d’asile, le RDV à la Préfecture pour fin août (34 jours après le passage à la Plateforme Asile).

Des information aux compte-gouttes à la PADA

J’ai demandé où je pouvais dormir, où je pouvais manger : ils ont dit qu’ils ne pouvaient rien pour nous. J’ai insisté et ils ont finalement accepté de nous orienter vers le restaurant NOGA et ils nous ont dit de contacter le 115. Comme je ne parle pas français et que je n’ai trouvé personne pour le faire pour nous ma famille et moi avons dormi dehors. Mon ami qui vit à Marseille n’est pas hébergé dans le cadre de sa demande d’asile et il vit dans un lieu occupé avec d’autres demandeurs d’asile qui n’ont nulle part où aller ; pour les enfants ce n’était pas adapté, il y a des problèmes là-bas… nous avons dormi dans la rue.

On m’a mis en contact avec une femme afghane qui a contacté le 115 et nous avons pu avoir 10 nuits à l’hôtel HECO. A la fin des nuits du 115, je n’ai pas demandé à la Plateforme de m’aider parce que j’avais déjà demandé et ils n’avaient pas eu de solution. J’ai recontacté la femme afghane qui m’avait aidé, mais elle ne pouvait pas nous aider et le 115 ne voulait plus. Avec mes enfants nous sommes restés 2 jours et 2 nuits dehors. Finalement je suis retourné à la Plateforme pour leur dire que nous étions à la rue depuis 2 nuits et ils ont pris mon numéro en disant que pour le moment il n’y avait pas de place en hôtel et qu’ils allaient nous rappeler… 

Nous sommes retournés dans le squat mais nous avions peur car il y avait des gens étranges et j’avais peur pour ma famille. 

A la Plateforme nous avons rencontrés une bénévole qui nous a reçu et qui nous a écouté : j’ai dit à la bénévole que j’étais devenu très faible, avec ma famille dehors je ne savais plus quoi faire. Je lui ai dit de m’aider et je pleurais… Finalement nous avons été réorientés vers l’hôtel HECO où nous sommes depuis cette date. A l’hôtel il y a beaucoup de familles en demande d’asile. Après tout ce que nous avons vécu, nous sommes bien maintenant à l’hôtel HECO par contre nous avons des difficultés pour trouver de l’aide dans les démarches administratives. 

C’est cette bénévole que nous avions rencontré à la Plateforme qui nous aide depuis, sans elle nous n’aurions pas réussi à avancer dans nos démarches… Grace à elle nous avons pu faire scolariser nos enfants, les deux aînés sont à l’école en face de l’hôtel HECO depuis septembre. Les démarches sont tellement complexes que tout seul je n’aurais pas réussi sans l’aide de cette dame qui m’a tellement aidé que je n’ai pas de mot pour le dire… 

La Plateforme a fait le dossier de CMU. Nous attendons encore car cela prend 4 à 5 semaines avant d’avoir la réponse. Mes enfants sont malades, ils ont de la fièvre le soir… ils ont mal à la gorge (aux amygdales) mais nous ne pouvons pas aller voir un médecin sans la CMU. 

Un soir j’étais très mal, je suis allé à l’hôpital Nord pour avoir des soins mais à l’hôpital on m’a dit que pour faire des prises de sang il fallait payer 500 euros et que c’était préférable d’attendre la CMU pour faire les tests… 

Depuis mon passage au GUDA (fin août 2017), j’ai eu deux rendez-vous avec la Plateforme, un pour la CMU et l’autre pour les explications de la procédure Dublin (la famille est en procédure Dublin vers la Bulgarie – la France souhaite les faire réadmettre là-bas). 

Quand on a eu le rendez-vous à la Plateforme je n’avais pas la possibilité de parler, la dame de la Plateforme elle me disait de l’écouter et de répondre à ses 4 questions et le plus vite possible parce qu’elle n’avait pas de temps… Comment raconter en quelques minutes les neuf mois de tout ce que nous avons vécu en Bulgarie ?!  Après que je lui ai dit ça elle m’a dit : « OK, tu peux partir ». Elle n’avait pas aidé pour remplir les observations… C’était mon premier entretien avec la Plateforme. J’ai finalement fait les observations avec la dame bénévole qui nous aide dans nos démarches mais qui le fait sur son temps personnel.

À la mi-septembre j’ai reçu un message de l’OFII pour me dire que j’avais perçu 124,80 euros (il nous montre un SMS sur son portable, ce qui correspond aux 4 derniers jours du mois d’août).

Alors que j’avais une inscription pour NOGA, la Plateforme qui a été informé que j’avais perçu cette somme d’argent dans le weekend avait bloqué mon accès à NOGA dès le lundi matin…. Je me suis rendu à NOGA le même jour et avec ma famille nous n’avons pas pu manger. Je suis allé à la Plateforme pour expliquer notre situation et j’ai demandé comment je pouvais faire avec 124 euros pour nourrir ma famille, vêtir les enfants, et tout ce dont nous avons besoin au quotidien jusqu’au début du mois d’octobre (date du prochain versement ADA). Finalement, après avoir argumenté avec le personnel de la Plateforme nous avons pu continuer à aller à NOGA jusqu’à la fin du mois. 

J’aimerais que mon petit aille à l’école lui aussi mais il est encore trop petit, nous devons être patients. J’ai envie d’apprendre le français parce que je veux rester ici… 

On a encore des choses à régler comme les papiers pour la cantine des enfants. On attend d’avoir un papier de l’OFII qui prouve nos ressources pour avoir droit à la gratuité… c’est compliqué tout ça.

Mais je suis très heureux d’avoir réussi à arriver ici avec ma famille : beaucoup ont laissé ou perdu sur la route des enfants, des parents, des frères et sœurs, malgré tout ce qui nous est arrivé, je suis chanceux… Avec les enfants, nous allons au plages du Prado, ils jouent sur la pelouse, ils se baignent.

On est là, en vie, tous ensemble. 

Recit de Ahmad

Récit récolté par l’Observatoire Asile de Marseille

En Italique, les commentaires et précisions des intervieweurs, membres de l’Observatoire.

 

Un départ non souhaité

J’ai une formation d’ingénieur, j’ai fait des études en management et au pays je travaillais pour les américains. Quand ma région a été occupée par les talibans et par Daesh, j’ai a dû quitter à cause du danger que cela représentait.

J’ai fait 3 mois et demi de voyage pour arriver en France .
Quand je suis arrivé à Marseille je ne connaissais personne ici. Je restais à la gare et j’ai rencontré des afghans car il y en a beaucoup à Marseille. Il m’ont expliqué les démarches à faire pour déposer une demande d’asile.
Quand je suis arrivé je suis resté 3/4 jours à côté de la Gare St Charles et je dormais dans un parc. J’ai rencontré un afghan qui a eu le statut de réfugié et qui est à Marseille depuis 3 ans et qui travaille, il m’a aidé et m’héberge chez lui.

A la Madrague, comme en Bulgarie…

J’ai eu l’ADA (allocation pour demandeur d’asile)  pendant 4 mois, le temps de l’instruction de la réadmission en Bulgarie (Procédure Dublin). La PADA (Plateforme Asile) m’a aidé pour mes démarches. J’ai eu la CMU et aujourd’hui encore j’ai une couverture maladie.
J’ai demandé de l’aide pour avoir une solution d’hébergement, mais il n’y en avait pas, à part le 115 et je ne pouvais pas aller dormir dans un endroit comme ça… la Madrague (Unité d’hébérgement d’Urgence) me rappelle trop les camps en Bulgarie, où il y avait beaucoup de monde dans la même pièce, enfermés…

Quand je suis arrivé en Europe, mon premier contact a été avec la police bulgare : ils ont été tellement mauvais avec nous… ils nous ont battus, mis dans des lieux insalubres, sans pouvoir prendre une douche, sans nourriture. Nous sommes restés avec les mêmes vêtements pendant plusieurs jours. Les policiers bulgares m’ont pris mes affaires, mon téléphone et mon argent… je n’avais plus rien…
Le conditions en Bulgarie sont tellement graves que j’ai développé des problèmes psychologiques, j’ai des difficultés à être entouré. À l’arrivée en France j’allais très très mal, je ne demandais pas de l’aide sauf pour ma santé. Quand j’ai eu ma CMU, j’ai demandé des orientations médicales parce que j’étais tellement mal…
Pendant les quatre premiers mois, je ne dormais pas plus de 2 heures, je ne pensais pas à manger. Je pensais tout le temps à ma famille, ma femme et mes deux enfants, qui sont restés en Afghanistan, à la frontière avec le Pakistan, il y a les Talibans, il y a Daesh. Ici je n’ai pas d’argent, pas de travail : je devrais les aider, puisqu’ils n’ont vraiment rien, mais je ne peux pas…
Je parle très peu avec eux car je n’ai pas assez de crédit pour les appeler. Ma famille est loin, je suis à Marseille en France et ma famille c’est loin pour moi…

Le matin à 5h je vais à la Gare St Charles et j’attends pour du travail. Là-bas il y a beaucoup de personnes qui attendent le matin d’être pris pour du travail au noir à la journée… mais c’est difficile parce qu’il n’y a pas beaucoup de travail et il y a beaucoup de monde.

Procédure Dublin : 18 mois pour recommencer à zéro

La Préfecture m’a placé en procédure Dublin, du moment que mes empreintes ont été prises en Bulgarie, et m’a dit que je ne pouvais pas avoir de logement tant que j’étais en procédure Dublin. À leur dire, j’aurai peut-être droit à un hébergement seulement après que la Bulgarie aura donné la réponse. J’ai attendu pendant 4 mois la réponse de Bulgarie, qui a accepté la réadmission, et ensuite j’ai présenté un recours au Tribunal Administratif de Marseille, qui a malheureusement confirmé la réadmission. Aujourd’hui je dois attendre pendant 18 mois pour pouvoir demander l’asile en France. Je n’ai rien, pas d’argent, pas de papier, pas de logement.

Dans les locaux d’Espace j’apprends le français, je suis des cours à l’association Solidarité Provence Afghanistan ; je participe aussi aux cours d’une autre association, vers le Vieux Port, nommée Osons la Charité.

Pour la procédure Dublin j’ai été aidé par un avocat. La Préfecture m’a donné un papier, en même temps que l’arrêté de réadmission, avec des adresses d’association qui fournissent de l’aide et du soutien juridique.
Depuis le mois de mars 2017 je n’ai plus rien et je dois attendre 18 mois pour pouvoir demander l’asile.
Je suis suivi par un médecin psychiatre qui est au centre-ville, vers l’Alcazar. Il me donne des médicaments pour dormir et pour soigner mon mal à la tête constant… Au début j’allais le voir avec un traducteur mais maintenant je vais sans traducteur.

Marseille : le parcours du combattant…

Marseille ce n’est pas bien pour les étrangers. A Paris je connais des personnes qui ont fini la procédure Dublin et qui ont eu un hébergement au bout de 6 mois. Je suis arrivé avec un ami qui a continué le voyage jusqu’à Paris et qui est aujourd’hui réfugié, alors que, lui aussi, il était en procédure Dublin Bulgarie.

Quand je suis arrivé je suis resté dans un squat avec d’autres afghans et pakistanais, très insalubre, sans eau, je ne sais pas comment on peut vivre dans ces conditions, ça m’a rappelé les camps de Bulgarie… Mais les gens restent là-bas parce qu’il n’y a aucun autre endroit où aller.

À la fin de mon voyage j’étais très triste, à cause des difficultés et des abus auxquels j’avais dû faire face, mais à l’arrivée à Marseille je me disais qu’ici j’étais en France et que ça irait bien pour moi…
Je pense écrire mon histoire un jour. Un livre, mon histoire pour montrer ce que j’ai vécu et pour montrer ma vie ici qui est trop difficile. Je veux aussi expliquer aux autres afghans comment on est traités en Europe.
Quand je me réveille la nuit je pense qu’est-ce que je peux faire ? Qu’est-ce que c’est ma vie aujourd’hui… je me demande si je dois rentrer en Afghanistan mais là-bas ce n’est pas possible pour moi…
J’avais un bon salaire, je travaillais une maison, une bonne vie, aujourd’hui en France je n’ai rien. J’attends, je suis très loin de ma famille… c’est très dur d’être si loin de sa famille pendant toutes ces années. Ici il n’y a rien pour moi. Je pense que je n’ai rien. C’est très difficile pour moi de demander de l’aide, je me suis toujours débrouillé seul.
Ce n’est pas juste la France, c’est toute l’Europe qui nous traite mal.
Au début j’avais prévu d’aller en Angleterre parce que je parle anglais et que je travaillais pour une compagnie anglaise. En arrivant en France je suis allé à Calais mais là-bas c’est tellement dangereux… il y a beaucoup d’afghans qui sont morts en essayant de passer.
J’avais déjà passé du temps dans la jungle, 5 jours en Bulgarie, et c’est là que la police a tout pris de moi : mon argent, mon téléphone avec tous mes contacts, je ne pouvais plus contacter ma famille… J’ai préféré ne pas repasser par là en restant dans le Nord.

 

Récit de Waheed

Récit récolté par l’Observatoire Asile de Marseille

En Italique, les commentaires et précisions des intervieweurs, membres de l’Observatoire.

 

Des loups et des tirs

Je ne sais plus dire à quelle date j’ai quitté l’Afghanistan. J’ai traversé le Pakistan, l’Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, la Roumanie, la Macédoine, la Croatie, la Autriche, l’Allemagne, le Danemark, la Suède…. 

Beaucoup beaucoup de morts sur la route, mes amis sont morts… Un ami est tombé de la montagne, je suis descendu j’ai pris ma veste je l’ai couvert et je suis reparti. La police iranienne nous tirait dessus, un ami a reçu une balle dans le cœur.

La police Bulgarie nous arrête, nous demande l’argent, on court dans la jungle, ils attrapent un ami et lui cassent le bras. Ils disent qu’on doit appeler la famille pour envoyer l’argent sinon mort… trop de morts… j’ai vu trop de morts…

Je restes 6 mois en Suède, dans les parcs, dehors et après je me suis fait arrêter par la police suédoise. Ils m’ont renvoyé en Bulgarie.

En Bulgarie les policiers l’amènent dans un centre en dehors de Sofia, « a Shikpol il y a beaucoup de monde, afghans, irakiens, pakistanais… 

Nous sommes très concentrés à écouter Waheed, nous le regardons, il a la tête dans les mains et ne parle plus… nous attendons la suite de son histoire… et d’un coup il sursaute et crie… nous sursautons par cette réaction imprévue… il rigole… et dit:

Ça c’est le loup… dans la jungle en Bulgarie avec mes amis une nuit on a était réveillé et en face de nous je vois un loup avec ses petits, on a eu une sacré peur… comme vous maintenant ! On a laissé le loup et nos sacs dans la foret.

Après Belgrade, l’Hongrie… avec un GPS on a marché, à trois. Puis l’Autriche, l’Allemagne et là « pinkar » (les empreintes). La police allemande nous ramène en Autriche! Là-bas on se cache dans la jungle, puis on rejoint l’Italie et ensuite Marseille. Ici, « pinkar » à nouveau… Dublin… je suis Dublin partout… Bulgarie, Hongrie, Autriche, Allemagne… olala… après Suède Autriche… 

Il est enregistré au GUDA au printemps 2016. A Marseille Waheed reste 11 mois en procédure Dublin.

Beaucoup de problèmes ici, à Marseille on dort dans le parc. J’appelle le 115, beaucoup de fois, mais on n’y a jamais de place… pas Madrague, pas foyer… Quand il fait chaud c’est pas grave, je dors dans les parkings, au Prado, mais quand il fait froid!  Beaucoup problème (Waheed claque des dents et frisonne pour nous montrer le froid). Dans la jungle en Bulgarie un de mes amis est mort de froid : je me réveille le matin et il est mort… (il fait le geste de bouger un corps). 

La demande d’asile et les problèmes à l’OFII

Il peut enfin déposer sa demande d’asile et est basculé en procédure normale. L’OFPRA enregistre sa demande au printemps 2017. Il n’a aucune solution d’hébergement. Il reste dans la rue.

Depuis le mois de février 2017 il ne touche plus l’ADA. Son allocation est bloquée mais il ne sait pas pourquoi. Il essaie de comprendre et de débloquer la situation par lui même mais n’y arrive pas.

L’OFII, franchement, m’énerve!  Elle veut parler en français et je dis « Non, je parle anglais » mais elle insiste pour le  français. Je leur dis que je n’ai pas d’argent, je supplie de parler avec un ami qui parle anglais, pour qu’il traduise, mais la dame ne change pas de position: on parle français! Sauf que je ne la parle pas… Je me fâche tellement que j’attrape le téléphone et le balance contre le mur. Elle appelle la police… 3 hommes m’attrapent et me mettent dehors… Ils disent : « Allez, dehors !!

Je me retrouve dehors, devant leur porte, sans un sous…Depuis, je retourne devant leur porte tout les jours, mais elle reste fermée, pour moi.

Les professeurs de français envoient des mails à l’OFII, plusieurs mails… pour comprendre la situation et pourquoi c’est bloqué mais aucune explication… Ça fait 7 mois que Waheed n’a aucune ressources. Il n’a pas d’hébergement.

Après plus de deux ans de périple, Waheed a été reconnu par une institution européenne comme devant bénéficier d’une protection. Mais les problèmes ne sont pas finis. Il n’a aucune ressource. 

Récit de Dawood

Récit récolté par l’Observatoire Asile de Marseille

En Italique, les commentaires et précisions des intervieweurs, membres de l’Observatoire.

Comment dit-on « border » en français ?

Je suis parti de ma région a 12 ans, je suis parti avec ma famille à Daykondi. Je suis azara. On a quitté la région à cause de la guerre. La guerre a toujours était le problème en Afghanistan. Je suis parti en mai 2015. Je suis passé en clandestinité, sans passeport et visa, par l’Iran, puis Turquie, Grece, Macedoine, Serbie, Croatie, Slovénie, Autriche, Italie puis la France… c’est beaucoup de pays, j’ai passé beaucoup de pays.

Border… comment on dit « border » en français, je n’arrive pas à m’en souvenir… ?

Quand je suis arrivé en Grèce j’ai pris un bus pour les réfugiés et j’ai passé les frontières, qui à l’époque étaient ouvertes. Pour moi ça a été facile aujourd’hui c’est très difficile. Quand je suis passé ils avaient ouvert les frontières. J’ai pris beaucoup de bus pour réfugiés et on a passé les frontières, le HCR nous avait donné des papiers en Grèce et quand on arrivait aux frontières on nous contrôlait ces papiers et on passait.

Une ville qui s’appelle Marseille

Au début j’avais décidé d’aller soit en Allemagne, soit en France mais quand je suis arrivé en Autriche la frontière avec l’Allemagne était bloqué et les réfugiés ne pouvaient plus passer. Je suis resté en Autriche fin janvier 2016, pendant 6 mois, et après je suis venu France. Je suis passé par l’Italie pour arriver en France.

Je suis allé directement à Paris, en août 2016, là bas il y avait beaucoup de réfugiés, beaucoup d’afghans, beaucoup de problèmes, je voulais donner mes empreintes mais les afghans m’ont dit qu’à Paris il y a beaucoup de problèmes, que c’est très difficile un afghan m’a dit « je sais qu’il y a une autre ville qui s’appelle Marseille ».

Je ne connaissais personne à Marseille, je suis arrivé à St Charles et là on m’a dit de descendre les escaliers de la gare et à droit c’est pour les réfugiés. Quand je suis arrivé à (comment ça s’appelle?) la Plateforme Asile… il y avait une longue queue devant. Des afghans qui attendaient m’ont demandé si j’étais nouveau et j’ai dit que je venais d’arriver. Les afghans m’ont dit que je pouvais appeler le 115 et que pour la première fois on allait me donner un mois puis ensuite 9 jours.

La Plateforme Asile a enregistré mon nom, ma nationalité et j’ai eu un rendez vous dans les 2/ 3 jours, c’était vite.

Comme j’avais donné mes empreintes en Autriche, la Préfecture m’a donné un récépissé de dubliné. La préfecture m’a dit que je devais attendre, que la France avait demandé à l’Autriche de me reprendre. Finalement un mois plus tard quand je suis retourné à la préfecture et ils m’ont donné un récépissé « normal », je suis passé « normale ».

Là-bas j’ai eu un entretien avec l’OFII qui m’a expliqué pour l’allocation ADA et ça marche bien pour moi. J’ai demandé si il y avait des possibilité de trouver une place pour dormir, mais ils m’ont dit: « Il n’ y a pas de place maintenant », puis elle m’a dit « je ne suis pas responsable pour trouver un endroit pour dormir, je ne sais pas, maintenant il n’y a pas de place, pas de chambre, pas de maison, c’est tout complet… C’est à vous de trouver une solution pour dormir »… ( Dawood rit en nous racontant ça…)

Pendant 3/4 jours j’ai dormi chez un afghan, un ami d’un ami que j’ai rencontré à la Plateforme Asile et qui vit à la Rose et qui a un appartement, lui il a été accepté en France et il a un appartement. 2/3 jours je suis resté avec lui dans l’appartement. Aprés j’ai appelé au 115, le matin dés 8h, presque 4 fois j’ai essayé et finalement ils m’ont donné 1 mois à la Madrague… mais malheureusement c’est n’est vraiment pas un bon endroit là-bas, il n’y a pas de personnes normales, 6 personnes par chambre, beaucoup de vols, j’ai perdu 2 fois mon portable là bas. Quand j’allais aux toilettes je prenais mon sac avec moi… c’est très problèmatique la Madrague. Toutes les choses ils prennent, j’ai perdu mes vêtements là bas, quand je les tendais dehors pour qu’ils sèchent… les gens là bas boivent beaucoup d’alcool…

Encore aujourd’hui je suis à la Madrague, j’ai fait 2 lettres à l’OFII que je vais déposer là bas et je donne au monsieur devant la porte et il les donne au responsable mais je n’ai pas de réponse, on ne peut pas rentrer dans l’OFII, ils ne parlent pas… Le monsieur dit qu’il les pose dans la « box » mais aprés il n’y a pas de réponse, pas de rendez vous… c’est absent…

L’hiver à la Madrague

Je suis à la Madrague depuis plus d’1 an. Dans la journée on ne peut pas rester à Madrague, entre 8h30 et 16h. Dans la journée, en été c’est un peu mieux parce que le temps il fait chaud, on peut rester dehors, à la mer… mais en hiver c’est très dur, beaucoup de froid, il y a pas de place pour rester… maintenant c’est commencé l’hiver… quand on reste dans la gare beaucoup de police nous demande notre identité, c’est un problème…

Avant il y avait 7/8 afghans à la Madrague mais ils sont partis et maintenant je suis seul là bas.

J’ai parlé avec l’assistante sociale de la Madrague, elle a écrit une lettre pour moi pour l’OFII mais elle n’ont plus n’a pas de réponse, il n’y a pas de place, c’est complet c’est tout…

Quand maintenant je vais à l’école, quand je rentres dans la chambre, j’ai besoin de réviser mes leçons davantage mais les autres ils éteignent la lumière et je ne peux pas réviser…

Il y a des personnes qui ne prennent pas de douches et il y a des mauvaises odeurs dans la chambre, parfois c’est insupportable… je mets un foulard autour du cou et du nez pour ne pas sentir…

Je suis très content de ma situation, je suis très heureux de ma situation parce que tout marche ici pour moi, le seul problème c’est la place où vivre… le reste ça marche, l’argent ça marche.

Vraiment je suis fatigué maintenant de cette situation à Madrague… Il y a des gens qui ont des petits animaux sur la tête [ndr. des poux], je vois même sur leur tête… c’est pas normal…

J’espère que je vais vivre en France, que je vais trouver un travail, trouver une manière beaucoup mieux pour vivre, maintenant je ne suis pas tranquille… pour apprendre mieux le français…

Un an c’est très long pour la vie mais je sais que j’aurais appris encore mieux le français si j’avais une place pour vivre…

J’ai acheté ce livre [il nous montre un manuel de français, le «Vocabulaire Progressif du Français»], tous les jours je vais dans le parc à côté de Castellane (Parc du XXVI Centenaire) et je travail sur le livre, quand je ne comprends pas un mot je regarde sur Google Translate pour les mots que je connais pas, je suis arrivé jusque la (page 78) mais là il commence à faire froid et c’est difficile de rester dehors. Parfois je vais à l’Alcazar mais ça ouvre à 11h et moi je suis dehors de la Madrague à 8h30…

Pour s’entrainer à lire et comprendre, Dawood lit un livre en français qui s’appelle « Aprés la pluie, le beau temps » quand nous lui demandons s’il sait ce que ça veut dire il répond… « oui oui je sais » en riant…

La semaine dernière je suis allé à Paris pour mon rendez vous avec l’OFPRA. J’ai pris le bus parce que c’est trop cher le train…mais ça va c’était bien… très long mais bien… j’ai mis 11h pour aller… mais ça va c’était bien. Je suis arrivé à 21h à Paris et là bas j’ai dormi avec un afghan qui a une chambre à Paris, je le connaissais de Marseille. Mon ami est venu me chercher à la gare et on est allé ensemble chez lui.

Je attends la réponse de l’OFPRA mais c’est pas prévisible… c’est pas prévisible comment ça se passe dans le futur pour moi… j’aurais une bonne réponse ou pas… je ne sais pas…

Aujourd’hui mon grand problème c’est un endroit pour vivre…

 

Récit de Sekender

Récit récolté par l’Observatoire Asile de Marseille

En Italique, les commentaires et précisions des intervieweurs, membres de l’Observatoire.

 

La famille vient d’Afghanistan. Sekender est âgé de 30 ans, il est le père de famille et Florence, sa femme et leur 2 enfants. Leur fille âgée de 4 ans et un bébé âgé de 4 ans. Ils sont arrivés pendant l’été 2017 à Marseille.

Ils sont accompagnés d’Esmat, le petit frère de Sekender âgé de 17 ans et de Radija qui est la sœur de Florence.

Aidés par un compatriote

Quand on est arrivé un homme afghan est venu vers nous à la gare, on les a croisé à la gare et ils nous ont demandé d’où nous venions et nous a emmené à sa maison. Un homme afghan que nous a aidé et nous a expliqué les procédures et nous a montré la route pour aller à la Plateforme Asile.

Nous avons fait la route à pieds de l’Afghanistan. Nous avons traversé des montagnes, nous avons traversés des rivières. Ma femme était enceinte alors, elle me disait laisse moi ici, je ne veux plus avancer.

Florence nous raconte qu’elle a accouché à la frontière entre la Bulgarie et la Serbie, au poste frontière.

C’était un voyage incroyable pour nous, nous ne pouvions croire ce que nous vivions. Nous avons perdu mon frère et ma belle sœur sur le chemin. Nous n’avions pas de téléphone et de contact. Nous nous sommes perdu à la frontière entre Bulgarie et Serbie. Il y avait tellement de monde sur la frontière que la police poussait les gens à avancer. Mon mari et moi nous sommes allé à l’hôpital car j’allais accoucher et quand nous sommes revenus 3 jours après mon beau frère et ma sœur n’étaient plus là…

Avec ma femme, nous avons enregistré notre demande d’asile au GUDA en juillet 2018.

Avant d’avoir un hôtel nous avons attendu 18 jours. Nous dormions, assis dans la rue, sur la place à côté de la Plateforme Asile, sous le porche devant l’université (Halle Puget). Et un jour la Plateforme nous a dit d’aller à l’hôtel. Nous étions avec notre fille et notre fils âgé d’un mois.

La Plateforme nous a dit d’aller à la PASS, nous sommes allés et nous avons tourné, tourné mais nous n’avons jamais trouvé… à cette période mon bébé est tombé malade, il avait de la fièvre et quelqu’un ma dit d’aller à la Timone aux urgences et j’ai fait ça.

Nous sommes à l’hôtel Autocars depuis environ 25 jours.

« Pourquoi tu es dans un centre de déportation? »

Radija et Esmat viennent de nous rejoindre à Marseille. À Toulon ils ont été arrêté. La police a arrêté le train sur lequel ils voyageaient et leur a demandé combien de pays ils avaient traversés et si nous avions donné nos empreintes ailleurs. Ils ont répondu que oui, du coup ils les ont forcés à donner des empreintes, puis les ont placés en centre de rétention.

Nous avons eu l’information par un homme qui était aussi enfermé, un nigérian qui a prêté son téléphone à mon frère. Mon frère a pu nous écrire par le Facebook de cet homme pour nous dire qu’ils étaient dans le centre de déportation à Marseille. J’étais content d’apprendre qu’ils étaient en vie mais j’ai dit « Pourquoi tu es dans un centre de déportation?!? ». Ils étaient à Marseille à Bougainville. Mon frère qui est mineur a été placé au centre de déportation même s’il a dit qu’il était mineur… ils n’ont pas fait attention.

Florence est allé à la Plateforme pour dire que sa sœur et son beau frère sont en centre de déportation et la Plateforme Asile a pris contact avec eux. Ils ont pu sortir du centre.

Radija et Esmat sont allés à la Plateforme, ma sœur a pu avoir un rendez vous au GUDA. Pour Esmat la Plateforme dit qu’il n’est pas possible d’enregistrer une demande d’asile car il a moins de 18 ans. Son souhait est pourtant de demander l’asile.

Sekender l’a postérieurement accompagné à la Préfecture qui lui a donné un rdv.

La famille à l’hotel, Esmat à la rue

La PADA me dit d’aller à l’ADDAP 13, j’y vais avec mon frère 2/3 fois par semaine mais là bas ils ne font rien, juste me faire signer un cahier pour dire que je suis venu. Ils disent qu’ils n’ont pas de place, qu’il y a trop de monde… que je dois dormir dans la rue.

Lors de mon 1er rdv, ils m’ont reçu dans un bureau et m’ont demandé quelle route j’avais fait, comment j’étais venu. J’ai expliqué que j’avais des problèmes de santé. J’ai une balle dans le dos. Il y a un an en Afghanistan il a été blessé. Depuis j’ai des problèmes importants de santé et de mobilité. L’ADDAP 13 m’a dit d’aller à l’hôpital Nord. Je suis allé avec mon frère. Là bas ils ont dit qu’ils allaient nous contacter. Là bas les médecins ont dit qu’ils ne savent pas s’ils peuvent opérer car il y a un risque de perdre l’usage de mes jambes car la balle est très prés de la colonne vertébrale.

Même avec cet important problème de santé l’ADDAP 13 ne m’a pas proposé de solution d’hébergement, ils me disent d’attendre.

Florence nous explique qu’elle a essayé de faire dormir son beau frère dans l’hôtel mais le responsable de l’hôtel à fait sortir le jeune parce que qu’il est interdit. Esmat dort dans la rue en bas des escaliers de la Gare, seul. En face de l’hôtel où est hébergé sa famille.

Nous devons faire face à trop de problèmes.

Pour ma sœur, on a appelé de nombreuses fois le 115 mais ils disaient qu’il n’y a pas de place, ils demandent est ce qu’elle a des enfants et ils disent « sorry we don’t have place », on a essayé tellement de fois, et quand elle disait qu’elle a pas d’enfant ils répondaient qu’il n’y a pas de place… une fois on ne savait tellement pas quoi faire que j’ai dit à ma sœur, dit au 115 que tu as un enfant … comme elle n’a pas d’enfant elle a prit ma fille pour avoir une place en hôtel… nous savons que ça ne marche pas comme ça mais comment faire… ? Je sais que c’est pas bien, nous ne sommes pas habitué à mentir mais nous n’avons pas de solution…C’est trop dur de la voir comme ça… Finalement ma sœur a dit la vérité là où elle dort avec notre fille, et ils ont dit qu’ils allaient réfléchir à ça… qu’il fallait que ma fille revienne avec nous… Ma sœur et ma fille sont très proches… pour nous c’est pas normal de nous séparer, on est une famille…

Ma sœur et mon beau frère sont sans solution.

C’était trop difficile pour nous parce que nous avons aucune solution. Elle était entrain de dormir dehors, nous ne pouvons pas la regarder dormir dehors. Mon beau frère dort aussi dehors.

On veux juste un rendez vous avec l’OFII, pour avoir juste un appartement de deux chambres pour être tous ensemble. Si l’OFII nous aide pour avoir un appartement notre problème sera résolu.

L’OFII ne répond pas au téléphone. Je ne comprend pas pourquoi il y a des familles qui ont eu un appartement avant nous.

Pour manger nous sommes allé au Restaurant NOGA pour 1 mois, puis on a dû arrêter car il n’y avait plus de place. Plus tard on y a eu droit à nouveau, jusqu’à quand nous avons reçu l’ADA, au début du mois d’octobre.

Ma fille me demande tous les jours quand est ce qu’elle va aller à l’école.

Finalement la Plateforme nous a donné le document pour aller chez le docteur (CMU), ils nous ont dit qu’avec ce document nous pouvons aller chez le docteur gratuitement. Ils nous ont aidé à faire les démarches.

Récit de Saïd

Récit récolté par l’Observatoire Asile de Marseille

En Italique, les commentaires et précisions des intervieweurs, membres de l’Observatoire.

 

Je m’appelle Saïd, je suis afghan et j’ai 45 ans. Je suis hébergé depuis l’été 2017 en ATSA / ADOMA dans le 15ème arrondissement de Marseille.

C’était difficile pour moi en Norvège. Je suis resté là-bas 6 ans et 6 mois. J’ai attendu là-bas 3 ans et après ils m’ont donné le négatif et puis ensuite j’ai attendu 2 ans en plus et ils m’ont donné la deuxième réponse négative. J’ai pris un avocat ensuite pour ma carte, je l’ai payé beaucoup d’argent mais ça n’a pas marché.

C’est important pour les étrangers de pouvoir s’intégrer ici, de travailler, d’apprendre la culture, de connaître ici, c’est important pour moi mais c’est très important que le gouvernement (Parlement) choisisse d’autres règles pour que les étrangers puissent s’intégrer, connaître mieux le pays.

À Marseille s’est très séparé entre les gens, dans certains quartiers il y a les français (par exemple au Prado) et dans d’autres quartiers il y a les étrangers (par exemple à Bougainville) et les gens ici ne se rencontrent pas… pourquoi ?

Je suis arrivé en juillet 2016, je suis resté à Paris pendant 1 mois. Pour avoir un enregistrement là-bas pour la demande d’asile c’est très difficile là-bas. Je n’avais pas d’ami là-bas, j’ai rencontré des personnes afghanes, mais je n’avais pas d’ami.

Je dormais à la Chapelle sous la tente.

Un jour à 5h le matin il y a des bus qui sont venus pour nous amener ailleurs. Peut-être 1000 personnes restaient à la Chapelle sous la tente. Il y avait des associations qui venaient, des français qui venaient pour nous donner à manger, des tentes… puis les bus sont venus nous prendre et nous ont emmené en zone 5 de Paris, vers Melun et à côté il y a une ville qui s’appelle Champagne sur Seine. On a était emmené en bus, avec plusieurs personnes qui dormaient aussi à la Chapelle.

En 2017 il est plus difficile de dormir dans la rue parce que la loi dit qu’on a plus le droit de dormir dans la rue. En 2016, il y avait beaucoup de monde qui restaient dans des endroits différents où les étrangers se retrouvent quand ils attendent pour la demande d’asile, les afghans restent beaucoup dans le parc de la Gare de l’Est, il y a beaucoup de personnes à Jaurès, à Stalingrad, à la Chapelle…

On s’est retrouvé à beaucoup, venant de ces différents endroits dans le camps de la Croix rouge à Champagne sur Seine. J’y suis resté 10/ 11 mois dans le centre de la Croix Rouge.

Moi je cherchais des cours de français, j’ai trouvé des cours de français à Belleville, et c’était important pour moi de parler français parce que j’habite ici.

Au centre de la Croix Rouge ils m’ont donné une carte avec ma photo qui prouve que j’habite dans le camps, ils contrôlent qui vient dormir là-bas et ceux qui ont pas la carte de la CRF ne peuvent pas aller dans le centre. Je pouvais prendre le train, le RER et cette carte montre où je vis.

Dublinable, dedubliné… et envoyé à Marseille

Les premiers 10 mois je suis resté en procédure Dublin, maintenant je suis « normal ». Quand j’étais « Dublin » je n’avais pas d’accompagnement. Et ensuite quand je suis devenu en procédure normal, j’ai gardé mon adresse à France Asile (FTDA) à Paris à la Chapelle et c’est eux qui m’ont aidé pour faire la demande d’asile. Même si je dormais à Champagne sur Seine, c’est toujours France Asile qui me donne l’adresse. France Asile c’est à côté de la porte de la Chapelle et de la bibliothèque. Ils ont donné un interprète en farsi / français pour raconter mon histoire.

Je suis resté jusqu’en juillet 2017. L’OFII a choisi pour moi à quel endroit je devais aller, quelle village, quelle centre … Si je n’acceptais pas la proposition de l’OFII, je n’aurais pas eu d’autres possibilités pendant 1 an, 2 ans, 3 ans, 5 ans… L’OFII m’a dit de venir à Marseille, ils m’ont orienté par courrier à Marseille. Je suis arrivé à Marseille en juillet 2017.

Après un mois ils m’ont donné un interview pour le mois d’août (OFPRA), avec cinq semaines de préavis.

Une place en CADA…un privilège?!

Maintenant c’est bien. Ici je suis seul dans la chambre. A Paris c’était difficile parce que plusieurs personnes dans la chambre (2/3 personnes) dans le centre presque 300 personnes. C’était très difficile, ici pour moi à Marseille c’est plus facile. J’ai un frigo, une commode pour ranger mes vêtements…

Par contre c’est difficile de parler avec les gens là-bas car ils parlent pas tous français et moi je cherches à rencontrer des personnes qui parlent français. Dans le quartier du 15éme tout le monde parle arabe, quand je fais la queue au magasin tout le monde parle arabe… pour moi c’est très difficile de parler français. Je peux pas apprendre deux langues en même temps.

Je respecte tous le monde et c’est important pour nous de parler la langue où je vis et je ne comprend pas pourquoi c’est comme ça à Marseille.

Sur toutes les personnes qui viennent au cours de français ici je suis le seul qui a une place en CADA.

Tous les jours je penses à ce que les français ne pensent pas du mal des étrangers, c’est pourquoi c’est important pour moi que vous ne pensiez pas du mal de nous les étrangers… pour cette raison j’ai bien envie de connaître des français, pour que les gens pensent que je suis une bonne personne…