Récit d’Ibrahim

25 ans • Homme • Guniéen

Récit récolté par l’Observatoire Asile de Marseille

En Italique, les commentaires et précisions des intervieweurs, membres de l’Observatoire.

On donne Dublin, Dublin…

Je suis arrivé à Marseille en septembre 2017, de l’Italie. Normalement un demandeur d’asile, après le passage à la Plateforme,  pour aller à la Préfecture doit attendre autour de 5 jours. À moi, on m’a fixé un RDV 50 jours après, à la fin du mois d’octobre 2017.

Au début pour avoir le rendez-vous, la PADA ne te demande pas d’expliquer la manière dont tu as quitté chez toi. C’est quand tu vas en Préfecture qu’ils te posent les questions sur d’où tu viens et comment t’es venu.

Moi quand j’arrive dans un lieu, je m’informe pour comprendre ce qui se passe, je dois savoir ce qui se passe et je questionne les autres… Je vois qu’il y a beaucoup beaucoup de personnes en procédure Dublin. On arrive à te donner Dublin et on cherche pas à savoir ce qui se passe avec toi, pourquoi tu es ici, on devrait savoir tout ça d’abord. On donne Dublin, Dublin… Toi tu es venu ici, t’as traversé, Niger, Libye et là on te donne encore Dublin c’est pas facile… Je suis très inquiet de ça, de savoir ce qui va se passer en Préfecture.

Un refuge à l’Alcazar

J’ai une carte de bibliothèque, je vais à l’Alcazar, comme j’ai pas d’endroit où rester je vais là-bas… pour éviter de traîner tout le temps à la Gare Saint Charles…

Moi je fais électricité dans le bâtiment, c’est mon métier. J’ai expliqué à Martine à SOS Voyageur que je veux continuer mes études et Martine m’a envoyé à RESF. Je suis allé là-bas et on m’a expliqué comment faire, on m’a donné des adresses. Donc je suis allé là-bas. Ils m’ont donné deux adresses de lycées, un dans le 13006 (Don Bosco) et un dans le 13016 (Saint Henry). Celui-là (13006) il prend pas de demandeurs d’asile et l’autre il est privé, il faut payer l’inscription…

Ils vont m’appeler quand ils auront trouvé une formation non payante. Moi je ne veux pas rester comme ça sans rien faire.

Tout ce qui concerne les dossiers, je garde tout bien, j’ai tout en place. J’ai mon relevé de notes de mon école en Guinée.

Je vais à l’ADJ Marceau et ils m’expliquent bien comment faire pour rejoindre les adresses que je cherche. Il y a un monsieur très gentil là-bas, qui m’aide beaucoup. Quand j’ai des problèmes et des difficultés, je peux aller le voir. Il me disait d’appeler le 115.

J’ai eu le 115, 1 mois à la Madrague, puis 1 fois 9 jours. Depuis une semaine je suis dans la rue parce qu’il n’y a plus de place au 115. Je reste pas dormir à la gare même, je vais sur une place où il y a des travaux. Ce soir ils m’envoient à la Madrague, je dois y être à 16h. Des fois tu vas là-bas et t’es pas enregistré. Quand t’arrives là-bas, la sécurité t’appelle et si tu n’es pas enregistré, même si le 115 t’a dit d’y aller mais sans t’y enregistrer… eh ben, là tu dors dehors.

Des fois y a des chambres vides (à la Madrague), des fois on est 1 personne dans une chambre de 6 et les lits sont vides alors que des gens dorment dehors, là sous le pont à la gare. Y a des gens qui vont pour manger mais ils dorment pas et y a des lits vides.

Je suis allé une fois à une réunion à l’église, ça a fini tard, je n’ai pas pu retourner à la Madrague, j’ai dû passer la nuit ici (Gare Saint-Charles).

Pour aller manger il faut qu’on te donne le ticket et je n’ai pas eu ça, sans le ticket tu ne manges pas. Il y a un restaurant ou tu peux aller manger mais il faut un ticket et c’est difficile d’avoir le ticket (NOGA). Il y a des associations, il y a les sœurs. Pour manger c’est bon…

Ce qui m’inquiète trop c’est le problème de mes études, je ne peux pas rester là sans rien faire. Et puis la Préfecture. Partout où j’entends qu’il y a des associations et réseaux j’y vais parce que je cherche de l’aide et des réponses. J’écoute tout ce qu’on peut me dire, je néglige pas.

Je vais essayer de combattre…

Je suis allé dans plein d’endroits. Je suis allé au Manba, avec des amis qu’ils ont été aidés ; là-bas on m’a donné à manger, on m’a donné des vêtements. Ils ont dit qu’ils m’appelleraient s’ils trouvent un hébergement. Quand j’y suis allé, il y avait beaucoup de monde la dame était très occupée alors j’ai cédé la place, je ne suis pas resté.

Mais il faut que j’assiste, j’ai vu qu’elle expliquait beaucoup de choses pour la Préfecture, savoir la manière de parler, c’est intéressant. Moi je cherche des renseignements.

Il y a un endroit avec une église (nda., le Secours catholique), ils peuvent aider les migrants à la Préfecture pour Dublin et tout…

Moi je vais essayer de combattre, je vais me défendre…je vais me battre jusqu’au bout. Je vais essayer de continuer mes études et peut-être ça va aller.

Le problème c’est l’hébergement, le froid va arriver, cela provoque des maladies.

Je travaille de temps en temps, l’homme a besoin d’argent pour vivre… pour une journée 40/50 euros…qu’est-ce que tu peux faire ?

Ibrahim nous montre des photos de sa famille. Il parle de son père qui a fait beaucoup d’effort pour qu’ils aillent tous à l’école et qu’ils aient une éducation « lui-même il n’est jamais allé à l’école ».

L’assistante sociale de la Madrague elle te reçoit, elle te demande qu’est-ce qui te fait mal dans ton corps, si t’as mal quelque part. J’ai dit que moi j’ai surtout besoin qu’on m’aide pour l’école, elle m’a dit que c’est trop tard pour moi à 22 ans, ils s’en occupent jusqu’à 20 ans.

Parfois je me dis que si je dis que j’ai 19 ans on pourrait m’aider mais ça va être dans mon dossier donc je fais pas ça.

RESF m’a expliqué qu’ils vont m’aider, ils cherchent une formation non payante.

Et je vais aller au Centres d’Information et Orientation aussi.

Complémént du récit, suite au RDV en Préfecture (récolté par l’Observatoire Asile de Marseille)

Quand je suis allé à la Préfecture et ils m’ont donné un rendez vous dans un mois, en disant que j’ai donné mes empreintes à Paris et que mon dossier est transféré là bas. J’ai jamais mis les pieds à Paris, je viens directement d’Italie. J’ai essayé de parler avec eux et de leur expliquer mais ils ont pas voulu m’écouter. Là bas ce matin il y avait plusieurs personnes qui s’appellent comme moi et ils se sont mélangés…ce n’est pas moi qui était à Paris…

À la Préfecture, tu vois, que c’est difficile, je leur ai aussi donné des photos d’identité et ils ne les trouvaient plus… la dame m’a demandé si j’en avais donné et en fait j’ai vu qu’ils ont mis mes photos sur un autre récépissé, de quelqu’un d’autre….

Je suis allé à la Plateforme et la dame là bas a dit qu’ils allaient appeler la Préfecture pour comprendre ce qui se passe, ils ont dit que c’est pas normal parce que j’ai pas été reçu, j’ai pas la carte bancaire, j’ai pas de récépissé mais juste une convocation avec un numéro de Paris, alors que j’y suis jamais allé!

Hier j’ai rencontré le réseau WELCOME qui me propose un hébergement à partir de novembre, mais avant je n’ai pas de solution, le 115 me dit « demain, demain, demain… » mais il n’y a rien, y a pas de place…