Récit de Naima

35 ans • Femme • Algérienne

Origine et langues

Mon prénom c’est Naima… J’ai presque 39 ans.. Je viens d Algérie, ma langue maternelle c’est l’arabe mais en arrivant je parlais français, parce que mon père l’était. Il ne parlait pas beaucoup l’arabe, parce que sa mère était allemande. Mon père parlait l’allemand et le français. Son père, mon grand père, il a laissé sa femme, il l’a quittée pour une autre, et mon père est resté juste avec sa mère . Il parlait pas beaucoup parce qu’il vivait avec sa mère, les premiers temps en Allemagne puis en France. Ma mère oui, elle parle arabe. Elle est kabyle. Il y a plusieurs régions en Algérie . Mon père il a vécu beaucoup avec sa mère et elle était là, en France . Après, son père a enlevé ses enfants et elle les a récupérés après, en Algérie. Moi, Je suis née en Algérie . J’ai étudié en Algérie. Je parle français et arabe normalement . Kabyle non. Pas vraiment . Je comprends mais je ne parle pas .

Arrivée en France

Quand je me suis mariée, on voulait rentrer en France .

En 2005, J’étais enceinte de Mohammed, mon grand. J’étais à six mois de grossesse.

Papiers

Pour faire tous les papiers de mon mari, d’abord, je suis allée au Consulat français en Algérie. Il fallait le livret de famille. Il fallait ma nationalité. Je ne l’avais pas car j’étais en Algérie depuis ma naissance. Donc, je suis allée en France, toute seule. La femme de mon grand père m’a beaucoup aidée à Fougère (en France) parce que mon grand père est décédé en 2001. C’est pas ma vraie grand-mère, c’est sa femme; elle m’a aidée pour les démarches des papiers. J’ai fait tous mes papiers là bas, à la mairie. C’était pas trop compliqué , un petit peu mais pas trop, parce que mon père était français. Je suis restée 1 mois et demi environ.

Et après, j’ai retrouvé mon mari et on est remontés en France. Mon mari a eu la nationalité. Ça a pris un an. Pour la carte de séjour, ça prend deux ans. Au début, il n’avait que le récépissé, qu’il fallait le prolonger tous les 4 mois. On a été à la préfecture, pour faire tout ça, tout simplement.

Avec le récépissé, on a le droit de travailler, mais c’est tout, on n’a pas le droit aux aides. Avec la carte de séjour, on a le droit à tout.

Dans cette même situation aujourd’hui, ça passerait plus les papiers, mais pour nous, c’était bon.

Avant, pour avoir la nationalité, il fallait être marié à quelqu’un qui était français, (il fallait avoir le livret de famille), et avoir des enfants, mais maintenant, non, ça a changé, il faut parler français couramment, et d’autres choses.

Logement

Là, quand on est arrivés à Marseille, on était tout seuls . Moi et lui . Ni appartement ni rien du tout. On est allés à Marseille sans rien. A Fougère, on m’avait aidée; mais c’était pas ma grand mère et déjà elle avait fait beaucoup pour les papiers, et elle m’avait hébergée un mois et demi.

Donc, en arrivant à Marseille, les deux premiers jours, on était dans un hôtel; et par hasard, le deuxième jour, mon mari a rencontré des amis; il ne savait pas Qu’ils étaient là ..le premier nous a trouvé une petite chambre dans un hôtel meublé à Belsunce.. Il habitait là à ce moment là..

Comme on n’avait rien, mon père m’a aidée un peu, il nous a envoyé un peu de sous..on a loué le studio.

La propriétaire nous a beaucoup aidés. Elle était de Constantine en Algérie .. On est arrivés à Marseille le 13 décembre. Après le 2 janvier j ai accouché . On n’avait pas de travail, mais heureusement on nous a aidés . Heureusement, mon mari connaissait des gens.

Dans ce premier studio, les toilettes étaient dehors et  il n’y avait pas de cuisine . Tout était dans la chambre. C’était pas vraiment propre. Ça coûtait 550 euros une pièce, avec juste la salle de bains. La seule chose bien, c est qu il n y avait pas de dossier et qu on l a eu rapidement . C’était quand même dur les premiers temps. A chaque fois pour les logements, il y avait des problèmes, par exemple on ne rend pas la caution, ou quelque chose comme ça.

On est arrivés  le 13 décembre à Marseille, et j’ai accouché le 2 janvier. Mon mari cherchait à travailler .

C’est toujours compliqué. Les premiers temps, quand ils voient le nom d un arabe ils ne veulent pas . C’est toujours la même chose . Il a déjà trouvé trois boulots mais quand il y va, ils disent toi tu es un arabe .. Dans presque tous les domaines. Mes frères aussi. Quand ils voient le nom d un arabe ils disent non. Surtout pour les hommes. Pour les femmes ça va . En fait quand j’ai accouché je ne voulais pas travailler . Après, en mars 2007 j’ai fait une fausse couche donc après je voulais pas . Je voulais rester avec Mohammed . Il était malade, il pouvait pas respirer. Tous mes enfants ont eu le même problème, peut être à cause du logement . Maintenant on n’est plus au même endroit .

Après, J’avais trouvé un autre logement, c’était 950 euros, mais je ne pouvais pas avec le RSA etc…  C’est trop cher pour un T1.

Alors, j’ai trouvé un autre appartement à 650 , moins cher, un 5 pièces; je l’ai trouvé par hasard, en parlant. Ma mère habitait juste en dessous.. J’ai vu qu’il était fermé, alors j’ai parlé avec la propriétaire en lui proposant de le rénover. C’était toujours à Belsunce. Mais la propriétaire était vraiment maligne. Il n’était pas habitable du tout, c’était la catastrophe, les murs étaient cassés…j’ai tout refait, mes frères m’ont aidée. Elle m a fait un bail d’un an.  Elle me donnait tous les reçus du loyer etc..mais moi je ne connaissais pas ces trucs là. Au bout d’un an, quand j’avais tout refait , elle m’a dit vous sortez . Et pour les papiers, elle me disait que ce n’était pas les bons reçus avec sa signature…Donc, l’huissier de justice est passé, et il m a dit qu’il fallait sortir de l’appartement, alors que J’étais enceinte … Je n’avais pas d’autre plan. En plus, dans ce logement, tout le monde avait sa chambre .

Quand on s’est retrouvés dehors, heureusement, la propriétaire où j’habite là, maintenant, elle m’a aidée; elle m’a donné cet appartement, un T1,  elle me l’a loué. C’est pas grand, et au 4ème étage sans ascenseur. Ça coûte 750.

Quand j’ai déménagé, j’étais enceinte de Jamila et de l’autre petite . A l’accouchement elle est morte . Elle a hurlé et après c’est bon .Puis, j’ai eu Jamila. Elles étaient de vraies jumelles. Jamila elle ne sait pas. La grande, Ouassila, elle le sait. Maintenant la nuit elle ne dort pas. Elle dit:” ma sœur, elle n’est pas là”. Jamila, elle s’appelle aussi Ahlam. J’ai donné deux prénoms pour Jamila. A cause de sa sœur qui est décédée . Le jour de l’accouchement, j’avais mal. Mon mari n’était pas là. Il était parti à Paris pour le boulot . Ce jour là, j’ai eu des contractions . Je me suis dit que sûrement j’allais accoucher. Je n’avais personne pour garder Mohammed et Ouassila . Du coup, j’ai laissé les deux à la voisine  et Je suis partie à la Conception . J’ai appelé mon mari . Il est revenu, mais c’était trop tard je suis partie . A la Conception, ils m’ont dit :”vous allez accoucher”. Qu’est ce que j’ai fait ? J’ai mis ma veste et je suis ressortie à la maison pour mes enfants,  j’étais inquiète, car ma voisine les gardait pour un quart d’heure / 20 minutes c’est tout . Elle ne savait pas que j’étais à l’hôpital. J’ai donc pris le métro, je suis revenue à la maison et j’ai dit à l’autre voisine Qu’elle me garde les enfants et le soir leur père est rentré. J’étais toute seule pendant le travail. Des fois on n’a pas le choix.

Aides

Moi, les premiers temps, je ne savais pas où aller quand les enfants étaient malades, donc en fait c’était les amis de mon mari qui nous orientaient pour tout.

Pour tout ce qui est santé, comme je n’avais pas la CMU au début , à la Conception, ils m’ont aidée et orientée.

Il y avait une assistante sociale sur place , à cette époque là. Donc ça a été plutôt facile.

Et c’est elle qui m’a orientée vers une autre assistante sociale, à l’extérieur,  pour les aides.

Au début, pour les enfants, les inscriptions à l’école , je ne savais pas où aller. En fait, au tout début, on ne savait rien, on était complètement perdus. On ne savait pas par où commencer. Maintenant on se sent bien. Le problème, c’est le travail. On a mis plusieurs CV dans des boîtes d’intérim mais il n’y a rien . Et pour mon mari ,ce n’est que du bouche à oreille, et s’il trouve …c’est au noir , mais lui il n’aime pas ça, il ne veut pas ça .. Parfois il y en a qui ne paient pas. Il n’y a aucune garantie .. S’il tombe ou quelque chose comme ça … Mais Il est obligé .

Quand on est arrivés à Marseille, c’était sur Belsunce, au début avec Mohammed, j’avais des difficultés pour le lait, les couches; il y avait le Secours Catholique, à la belle de Mai qui nous aidait; c’était vraiment loin avec un bébé… et il y avait la Croix Rouge, à Castellane.

C’était mon assistante sociale, qui était vraiment bien, qui m’avait envoyée là bas. En fait, elle te donne un papier pour aller là bas.

Quand tu vas au Secours Catholique, là, ils te donnent un rendez-vous. Tu y retournes, et là, ils t’aident.

Les rdv, c’est soit une fois par semaine, soit tous les quinze jours.

La Croix Rouge, ce n’est pas la même chose. Ils ne fonctionnent pas sur rendez vous. Dès le premier jour, ils m’ont aidée, en me donnant des couches et du lait.

Si je devais conseiller des gens qui arrivent ? Et bien,  là, ça fait 3 jours qu’Il y a un jeune que j’aide, celui-là,  je le connaissais, car il vient de mon quartier. Il a ses papiers mais il ne connaît rien , j’essaie de l’aider, je lui montre pour la CAF, je l’ai envoyé chez mon assistante sociale qui lui donne un peu de sous pour manger , et puis il est chez moi pour quelques jours . Il va voir s’il peut trouver quelque chose. Parce que chez moi c’est très petit , les trois enfants sont dans une chambre, nous dans le salon , alors c’est pas évident .

J’en parle à mon assistante sociale . Là je paye 750 euros et c’est au 4ème étage . Mon mari, depuis son accident il y a deux ans,  il a du mal à monter; alors, je dois tout faire, les courses etc .. chaque année je mets des dossiers pour les logements sociaux . Mais ça ne donne rien. Ça fait 11 ans, depuis 2005, qu’on cherche quelque chose et qu’on ne trouve pas; et d’autres cherchent depuis plus, 20 ans, 30 ans et  ne trouvent pas.