Récit de Koda

25 ans • Homme • Ivoirien

Récit récolté par l’Observatoire Asile de Marseille

En Italique, les commentaires et précisions des intervieweurs, membres de l’Observatoire.

Nous rencontrons Koda dans un café du centre-ville, non loin de la Gare Saint Charles. Jeune homme, il est isolé à Marseille. Il est francophone et vient de Côte d’Ivoire. Il est arrivé à Marseille à la mi-août 2017. 

 

Les séquelles de la Libye, à l’arrivée à Marseille

Je suis passé par la Libye et j’ai traversé l’Italie. Je ne connais personne à Marseille. Quand je suis arrivé, je suis resté dans la rue pendant plusieurs jours. Je suis blessé au coude droit, mon coude a été fracturé en Libye. J’ai été battu en Libye. En Italie ils ont refusé de me soigner. 

Quand je suis arrivé à Marseille, les premiers jours je suis resté à la Gare. J’ai été reçu à la Plateforme début septembre 2017 et là ils m’ont donné un rendez-vous pour la Préfecture à la fin du mois d’octobre (50 jours plus tard). J’ai dit à la Plateforme que je n’avais pas d’hébergement mais ils n’ont pas appelé le 115, moi j’ai téléphoné mais ils ne m’ont pas répondu. Je suis resté dans la rue pendant plusieurs semaines.  

L’orientation vers un hébergement pour motifs médicales

Je suis allé à l’hôpital de la Timone, ils m’ont fait une radio du coude et un scanner. Le médecin m’a dit qu’on ne pouvait pas faire d’opération sans avoir la couverture maladie, sinon je devrais payer la facture…. Je n’ai pas d’argent, pas de travail, comment payer les soins ?  

Le docteur de l’hôpital a téléphoné au 115 pour que je sois hébergé et là ils m’ont envoyé à Forbin.  

Koda avait déjà contacté le 115 par lui-même mais n’avait pas eu de place. Ce n’est qu’avec l’aide de son médecin qu’il a pu accéder à un hébergement, pour une durée d’un mois. 

 Le 115, pour qu’ils puissent prendre le téléphone pour me répondre c’est le problème… 

Avec le certificat médical du médecin, je suis retourné à la Préfecture pour demander à changer la date de mon rendez-vous et ça a marché. J’ai insisté avec l’aide d’une autre personne qui attendait à la Préfecture et qui connaissait la procédure. J’ai pu enregistrer ma demande d’asile ce jour même au lieu du mois d’octobre. 

 L’OFII m’a donné ce document à remplir (il nous montre un document type CERFA « dossier médical du demandeur d’asile – certificat médical confidentiel ») : c’est pour mon état de santé et pour avoir un hébergement (évaluation de sa « vulnérabilité », en vue d’une orientation vers un hébergement pour demandeurs d’asile – « demande d’adaptation de ses conditions matérielles d’accueil pour des raisons médicales »). 

Des Observations Dublin à remplir…mais avec l’aide de qui?

A la Préfecture ils m’ont mis en Dublin, Italie. Ils m’ont donné une fiche à remplir pour écrire pourquoi je ne veux pas retourner en Italie (observations DUBLIN), moi je sais pourquoi j’ai quitté là-bas, l’Italie, on ne peut pas te soigner… si tu souffres, tu vas quitter là-bas… !   

 Je ne sais pas qui peut m’aider à remplir ça, je vais le faire tout seul… Je vais demander à la Plateforme s’ils peuvent m’aider. Je dois rapporter ce papier à la Préfecture avant le XX octobre 2017.

 Pour avoir mon opération je dois attendre le rendez-vous avec la Plateforme pour avoir une adresse (domiciliation postale) et faire le dossier de CMU, la Plateforme m’a donné rendez-vous le XX/09 pour le faire. Je dois encore attendre longtemps pour avoir la CMU et pouvoir me soigner.

Le même jour où je dois retourner à la Préfecture pour apporter le papier, j’ai rendez-vous à l’hôpital pour faire un point médical, de toute façon je n’aurais pas encore d’assurance maladie à ce moment-là. 

Je suis inquiet par rapport à l’hébergement parce que le 115 ça va jusqu’au XX octobre et à Forbin ils demandent 0,50 centimes par nuit; je n’ai pas d’argent, j’attends l’allocation (ADA). 

 A la gare la police elle contrôle beaucoup, je montre mon attestation de demande d’asile et le policier il me demande de prouver mon nom avec un autre document parce qu’il dit que la photo sur l’attestation elle est trop foncée. Je réponds que ce document a été donné par la France et que ça doit suffire… 

 J’aimerais faire une formation, apprendre un métier. J’aimerais plus d’explication sur DUBLIN, comment ça marche, qu’est-ce que ça va donner pour moi. Mais je vois que les migrants ne peuvent pas suivre de formation : tu dois rester comme ça, sans travail, sans rien… Ça dort partout ici, c’est même pas la France ; chez nous en Côte d’Ivoire on nous traite pas comme ça, ici on nous traite comme… (il ne finit pas sa phrase).