Récit de César

30 ans • Homme • Vénézuélien

Le parcours, du Venezuela jusqu’en France

Je suis parti du Venezuela en 2009. Je suis venu à Barcelone pour faire une année d’étude supérieure. Ensuite je suis allé en Argentine pendant 2 ans avec une situation régulière comme résident pendant 2 ans. Ensuite je suis arrivé à Madrid où j’ai passé un mois puis je suis venu ici à Marseille. Je ne connaissais pas Marseille, je ne savais pas que ça existait. Avant de venir en Europe je cherchais des bénévolats sur un site qui s’appelle HelpX.net. J’ai trouvé une opportunité à Marseille avec Yes We Camp. C’était intéressant de faire ce bénévolat en parallèle des papiers de mariage pour mon titre de séjour.

 

Mariage et démarches administratives

Je me suis marié en Argentine en 2011 avec AM, qui a la double nationalité Vénézuélienne et Italienne. A ce moment-là on vivait en Argentine. On ne savait pas vraiment ce dont on avait besoin pour moi, pour que je puisse être un citoyen européen. On s’est marié devant la loi argentine et on devait enregistrer le mariage devant le consulat Italien en Argentine. Mais je ne savais pas ça jusqu’au moment où nous sommes arrivés à Marseille. Je suis allé à la Police pour demander des informations. On pensait qu’en arrivant ici avec l’acte de mariage ça suffirait pour pouvoir l’enregistrer ici mais ça ne se passe pas comme ça.

 

L’arrivée à Marseille

Quand je suis arrivé à Marseille je n’ai pas eu de problème particulier, ça s’est super bien passé, c’est une ville tranquille, multiculturelle, ce qui fait qu’on ne se sent pas vraiment un immigré.

 

L’utilité des bénévolats dans la région

Je ne pouvais pas vraiment travailler légalement donc travailler au black c’était compliqué parce que je ne connaissais pas beaucoup de personnes. J’ai travaillé un peu en charpenterie grâce aux personnes que j’avais rencontrées dans l’association où je faisais du bénévolat. Mais, ce n’était pas vraiment de supers trucs. J’ai fait d’autres bénévolats à la campagne pour être logé et nourri. Je trouvais ces bénévolats sur le même site [HelpX]. C’était intéressant parce que c’était un échange. Je travaillais pour être nourri et logé.

 

Travailler et trouver un logement en situation irrégulière : le rôle du réseau

Pour le logement à Marseille on a eu de la chance parce qu’une fille de l’association était à Marseille pour peu de temps, elle venait d’Irlande. Donc elle a loué une chambre et nous l’avons reprise quand elle est repartie. Ce n’était pas cher du tout, ma femme travaillait et c’est elle qui payait le logement et la nourriture. Moi à ce moment-là j’étais en situation irrégulière.

Le travail de charpenterie, c’était avec un mec qui faisait la cuisine à Yes We Camp [association marseillaise]. Je l’ai aidé à travailler dans une friche, dans les quartiers nord de Marseille. On faisait des meubles pour des stands pour vendre des légumes. Ca ça me permettait de gagner un peu d’argent pendant une semaine. Mais j’ai surtout beaucoup bougé pour chercher des bénévolats. J’en ai fait 6 mois en Italie aussi.

 

L’enregistrement du mariage

Pour enregistrer le mariage ça ne s’était pas bien passé parce qu’on devait faire l’enregistrement au consulat italien en argentine, comme ça l’Europe aurait su qu’on était marié. On l’a fait quand on était ici, donc en avril 2014. Ca prenait au moins 3 mois. Au bout de 3 mois nous n’avions pas de nouvelle donc j’ai appelé le consulat. Ils m’ont dit que ça prenait du temps pour que l’enregistrement soit fait en Argentine et qu’ils envoient le dossier en Europe, en Italie. Ils nous ont dit que ça prenait 6 mois, 1 an. C’est pour ça que j’ai pris la décision d’aller en Italie pour aller voir comment ça se passait pour enregistrer le mariage là-bas. C’est là que j’ai cherché du bénévolat là-bas, pour voir comment ça se passait sur place. Et finalement c’était compliqué aussi parce qu’on devait déménager là-bas tous les deux pour avoir une adresse. Mais ma femme avait trouvé un travail à Marseille donc elle ne pouvait pas déménager dans un autre pays. Donc on a laissé tomber et on a attendu que l’enregistrement en Argentine se fasse pour pouvoir le refaire ici à Marseille. Après je suis reparti au Venezuela pour des choses familiales. Finalement l’enregistrement a pris 2 ans et demi. Je suis revenu ici quand ils m’ont dit que c’était enregistré. Je suis revenu à Marseille le 24 janvier 2017.

 

Les associations d’aide pour les étrangers

Quand on était à Marseille la première fois je suis allé dans une association qui s’appelle CADE, c’est un centre d’aide pour les étrangers. C’est vers la Canebière et le cours Lieutaud, juste à côté d’une librairie [8 Boulevard Dugommier, 13001 Marseille]. Là il faut y aller pour prendre un rdv. Ça ouvre à 9h du matin, ils donnent des numéros, 20 numéros par jour je crois. Le numéro ça sert à avoir un rdv après. Le rdv est fixé 15 jours plus tard. Quand tu arrives le jour du rdv, tu t’annonces à l’accueil. Ca ne prend pas beaucoup de temps. Ils sont très gentils, ils m’ont donné beaucoup d’informations. Ils m’ont dit ce dont j’avais besoin comme papiers pour me faire enregistrer, ils m’ont aidé à faire les dossiers, de tous les papiers qu’il faut demander pour avoir le titre de séjour avec le mariage. Cette association ce sont des avocats qui t’aident avec n’importe quelle situation quand tu es étranger ; pour avoir ton titre de séjour et avoir une situation légale. J’ai eu quelques rdv pour faire les papiers. Ce sont eux qui m’ont conseillé d’aller voir ce qui se passait en Italie, s’il y avait des possibilités plus rapides pour faire les papiers.

On est allé dans une autre association vers la rue de la république mais finalement ça n’a pas marché. C’était aussi une association d’aide pour les étrangers mais c’était plutôt pour conseiller sur les activités, pour te conseiller si tu as des enfants, etc. C’était plutôt de l’aide sociale pour les étrangers.

Toutes ces informations sur les associations d’aide aux étrangers à Marseille je les ai trouvées sur Internet.

 

La difficulté de suivre des cours de français en situation irrégulière

Quand je suis arrivé à Marseille, je voulais prendre des cours de français pour mieux apprendre la langue. Il y avait des trucs mais c’était juste pour les européens, ou pour les personnes en situation régulière. Il n’y avait pas de structures pour les étrangers en situations irrégulière. Les organismes que j’ai trouvés demandaient des papiers pour prouver la nationalité européenne ou avec un visa étudiant par exemple. J’ai beaucoup cherché à l’époque mais je n’ai trouvé aucune structure où je pouvais prendre des cours de français en tant qu’étranger en situation irrégulière. Si ces cours sont faits par l’Etat, je comprends que ce soit destiné à ceux qui payent des impôts quoi ! Mais même des associations je n’en ai pas trouvé. Donc pour apprendre le français, j’ai fait un bénévolat à la campagne avec une fille qui parlait juste français donc j’étais forcé de m’exprimer avec mon vocabulaire français.

 

Les sorties et activités gratuites ou bon marché

Quand on est arrivé à Marseille c’était l’été donc c’était super cool d’aller à la plage, dans les calanques, tous les endroits naturels. On profitait beaucoup de pouvoir être en plein air. Le premier dimanche du mois tu peux aller dans les musées gratuitement. Parfois il y a des spectacles, des évènements culturels gratuits. Toutes ces informations je les cherchais sur Google. Je suis aussi allé dans une maison de quartier dans le 16ème arrondissement, je ne sais plus le nom, c’était une association de quartier qui proposait des activités sportives. Ce n’était pas gratuit mais c’était 14 euros par an et on pouvait y adhérer même en n’ayant pas une situation régulière.

 

La situation administrative actuelle

Là je suis en France comme touriste. Ca fait déjà 1 mois donc il me reste 2 mois pour être en situation légale comme touriste. Le mariage est enregistré et nous sommes allés aujourd’hui remplir les papiers mais il manquait des petites choses. Donc la semaine prochaine j’aurai tout ce qu’il faut normalement. L’information pour ça je l’ai cherchée au 66 rue St Sébastien, c’est la préfecture pour les étrangers. Quand tu demandes une information là-bas, normalement ils ont cette information mais il faut bien préparer sa demande avant d’y aller. Parce qu’ils ne sont pas là pour tout t’expliquer en fait, ils t’expliquent seulement ce que tu leur demande. Donc le mieux c’est d’écrire toutes les questions avant d’y aller pour ne pas en oublier et pour être sûr d’avoir une réponse. Il faut arriver bien préparé parce que sinon ils vont te donner les dossiers que tu dois remplir mais ils ne vont pas t’expliquer grand-chose.

 

Les difficultés liées à une situation irrégulière

Le plus important pour ceux qui arrivent à Marseille c’est d’avoir des informations sur tous les papiers qu’il faut pour s’enregistrer parce que rester ici en situation irrégulière ce n’est pas cool, il n’y a pas beaucoup d’opportunités pour ceux qui sont dans cette situation. Par rapport à mon expérience, quand je suis arrivé la première fois, ça m’a un peu déprimé. Je n’étais pas motivé, je ne sortais plus de la maison, je ne voulais voir personne. Quand tu es en situation irrégulière, il n’y a pas de portes à ouvrir, il n’y a pas d’opportunités. Quand je vois que l’enregistrement du mariage a pris 2 ans et demi, je pense que la meilleure décision ça a été de partir et de revenir quand la situation était meilleure. Mais quand je suis revenu c’était un peu dur parce que ça me rappelait tout ce qui s’était passé la dernière fois, tout ce qui a été dur à cause des papiers. Et en plus, l’ambassade italienne en Argentine m’avait dit que tout était bon, que le dossier d’enregistrement avait été envoyé en Europe. Mais, c’était ma faute, mais je n’ai pas vérifié avec la commune italienne à Palerme. C’était eux qui recevaient les papiers pour les enregistrer en Europe. Je n’ai pas fait ça et quand je suis arrivé et que je suis allé au consulat italien ici à Marseille ils n’avaient pas d’informations. Donc ce que je pensais avoir été fait n’était pas prêt du tout en fait, c’était la merde.

 

Prendre l’air à Marseille

La situation est toujours aussi compliquée mais je fais beaucoup de randonnées, ça me tranquillise beaucoup. Je vais de Vauban jusqu’à la Corniche, parfois je monte à Notre dame de la garde et là il y a une vue spectaculaire.