Récit de Ahmad et famille

• Famille • Syrien

Récit récolté par l’Observatoire Asile de Marseille

En Italique, les commentaires et précisions des intervieweurs, membres de l’Observatoire.

 

Nous rencontrons Ahmad dans un café du centre ville. Au moment de l’entretien la famille est hébergée en hôtel via SERVICE PLUS DA dans un hôtel du centre ville – ils sont en attente d’une orientation en CADA. Ahmad est syrien. Il a 25 ans. Photographe pour de nombreuses agences internationales. Arrivé à la mi-juiillet 2017 à Marseille avec sa femme enceinte de 9 mois et leur fils d’1 an et demi. Il ne parle pas français.

Je suis originaire d’Alep. Ma famille et moi sommes arrivés par avion sous Visa D, en possession d’un laissez-passer, délivré par les autorités françaises à Ankara début juillet 2017. C’est dans le cadre du programme de réinstallation des réfugiés syriens en Turquie que l’UNHCR m’a orienté vers l’ambassade de France. Nous sommes arrivés il y deux semaines à l’aéroport de Marignane.

Le lendemain de notre arrivée, on est allé à la Plateforme Asile mais la PADA ne reçoit pas l’après-midi pour l’enregistrement, ils nous ont dit de revenir le lendemain entre 8h et 8h30 pour s’inscrire sur la liste des nouveaux demandeurs d’asile. On nous a dit d’être bien à l’heure car seulement 20 personnes sont reçues le matin pour le pré enregistrement des rendez vous pour la Préfecture (GUDA).

La nuit devant la PADA

Comme on a demandé où dormir, on nous a conseillé d’aller dans un hôpital car ma femme était enceinte de 9 mois. Cette nuit-là nous sommes restés devant la porte de la Plateforme Asile pour ne pas rater le rendez-vous.

Le deuxième jour on a été reçus par la Plateforme. Ils nous ont donné un rendez-vous pour la Préfecture , presque un mois après…

La PADA n’a pas appelé pas le 115 pour nous. Elle a demandé à un compatriote de nous trouver une solution. On a été aidé par un autre réfugié qui nous a aidé à téléphoner au 115 mais ça ne marchait pas (y avait plus de place).

Grace à l’aide d’un membre du Réseau Hospitalité, qui a appelé le 115 pour nous, nous avons pu dormir les deux nuits suivantes dans un hôtel.

J’ai demandé à la PADA où on pouvait manger mais y avait pas de solution. Etant donné l’état de santé de ma femme, la Plateforme nous a dit d’aller à l’hôpital de la Conception. Nous avons été accompagnés par une femme bénévole de la Plateforme à l’hôpital de la Conception. Mais là bas ils nous ont dit qu’il n’y avait pas d’urgence – nous on savait que ma femme elle devait avoir une césarienne et puis on avait un papier d’un médecin de la Turquie qui donnait la date du terme de sa grossesse, pour le 25 juillet…

Pas de droits, pas d’échographie…

Et comme nous n’avons pas de couverture maladie, à l’accueil de l’hôpital ils n’ont pas voulu qu’on rentre et ils ont dit qu’on pouvait pas faire une échographie parce qu’on avait pas de droit ouvert. Ils nous ont donné un rendez-vous pour fin août… On était inquiets mais on savait pas quoi faire.

Après les deux nuits d’hôtel, un compatriote a tenté de joindre le 115 pour essayer de prolonger cet hébérgement, mais ils ont refusé. On a été aidé encore une fois par un compatriote qui nous a trouvé 5 nuits dans un appartement. Mais on pouvait pas rester trop longtemps alors on est retourné à la Plateforme pour demander une solution. Au bout des 5 jours, la Plateforme nous a envoyé à l’hôtel.

Ce n’est qu’à la fin du mois de juillet que la PADA nous a proposé des répas au Restaurant NOGA. Il nous ont expliqué que cette orientation était exceptionnelle car 220 personnes étaient déjà inscrites sur les listes du restaurant social et ils ne povaient plus en ajouter (le portail NOGA était bloqué).

En attendant nous nous inquiétons pour le bébé à naître… le terme  prévu était déjà passé. Ma femme a été suivie pour sa grossesse en Turquie, elle savait qu’elle devait surveiller sa grossesse et qu’elle aurait besoin d’une césarienne car notre 1er enfant est né par césarienne. Nous avions même eu une autorisation exceptionnelle du médecin turc afin de pouvoir embarquer dans l’avion au-delà du 7éme mois de grossesse. Mi-aôut, un jour elle a eu très mal au ventre ; on a appelé une ambulance qui est venue la chercher à l’hôtel. On a eu une petite fille. On a eu très peur parce que le délai était passé et ça aurait pu être grave.

La veille de sa sortie de l’hôpital, on avait le rendez vous à la Préfecture et elle a du venir aussi. C’est le médecin qui nous a dit que c’était important qu’on y aille pour pouvoir payer les frais d’hôpital et avoir la CMU.

Le couple est reçu au GUDA, par les agents de la Préfecture et ceux de l’OFII (en charge de l’évaluation sociale et de la vulnérabilité des demandeurs pour une orientation rapide en CADA). Bien que la famille soit en possession d’un VISA D d’installation, et que Madame vienne d’accoucher par césarienne, aucune orientation en CADA n’est faite lors du passage au GUDA.

A ce jour, (août 2017), la famille n’a toujours pas été orientée en CADA et ne perçoit toujours pas d’ADA. Ils attendent le versement effectif de l’ADA qui devrait intervenir courant septembre (soit 45 jours après le passage en GUDA).

Suite à la naissance de l’enfant, j’ai demandé à la PADA et à l’OFII s’il était possible d’avoir une aide d’urgence pour l’hygiène des enfants notamment, et pour trouver des couches. Aucune solution n’a été proposée.

La famille cherche au quotidien des relais avec la communauté. La famille occupe une chambre d’hôtel à 4 (dont le nouveau-né) où ils ne peuvent rien entreposer ni cuisiner. Les conditions d’existence sont très difficiles au quotidien. La famille a envoyé son dossier à l’OFPRA courant septembre et est en attente de la convocation à Paris.

Je me pose beaucoup de questions pour la suite. Je suis arrivé en France pensant avoir un hébergement et un accompagnement, ce qu’on m’avait promis. Aujourd’hui je n’ai plus aucune certitude. Et si je ne bénéficie pas d’une orientation en CADA ?

Sachant qu’ils obtiendront le statut de réfugiés, ils se demandent comment trouver un hébergement s’ils ne sont pas orientés en CADA. Bien sûr, ils entendent parler d’autres situations et ont bien compris que les orientations deviennent rares… Ahmad dit avoir rencontré beaucoup de personnes très aidantes et gentilles mais il ne comprend pas les si longs délais de l’administration et leurs conséquences terribles sur la vie des migrants.