Récit de Daniel

40 ans • Homme • Camerounais

L’arrivée : interpellation en gare et demande d’asile

En novembre 2016, j’ai quitté Vintimille, à la frontière italienne, en train, jusqu’à Nice. Puis, j’ai pris un bus jusqu’à Marseille, où je voulais au plus vite poursuivre vers Paris. Mais pendant que j’essayais d’acheter un billet pour le premier TGV, j’ai été interpellé par la Police.

Au commissariat, ils m’ont pris les empreintes, ils m’ont fait un procès verbal et ils m’ont donné une convocation pour la Préfecture.

Quand je me suis rendu à la Préfecture, on m’a à nouveau pris les empreintes et une photo, et on m’a expliqué les démarches à suivre pour la demande d’asile.

Ils m’ont dit de retourner ce même jour, dans l’après-midi, pour avancer sur mon dossier. À 15 heures j’étais donc à nouveau à la Préfecture, où j’ai reçu une carte bancaire et un formulaire à remplir, dans lequel je devais expliquer les raisons pour lesquelles j’avais quitté l’Italie.

La carte bancaire me permet de toucher l’ADA (Allocation pour les Demandeurs d’Asile), mais il y a un délai d’attente de 45 jours avant de commencer à recevoir cette somme mensuelle (autour de 340 euros).

Deux jours après, lors d’un nouveau rendez-vous, j’ai pu parler de mes conditions de santé ; on m’a donné un certificat médical pour l’OFII. Je devais donc aller voir un médecin, faire les analyses nécessaires pour qu’il constate mes problèmes de santé et remplisse ce papier.

Je me suis rendu à l’Hôpital de la Timone, au service PASS Rimbaud, et j’ai postérieurement envoyé le certificat à l’OFII, par recommandée.

Retourné à la Préfecture, j’ai eu un permis de séjour d’un mois, m’autorisant à rester sur le territoire français pendant que mon dossier est étudié.

Le registre EURODAC et la Procédure de Dublin

La semaine dernière j’avais à nouveau un rdv à la Préfecture, du moment que le premier mois arrivait à échéance. Ils m’ont expliqué qu’ils ont constaté que mes empreintes figurent dans le registre EURODAC, suite à mon passage par l’Italie. Cela déclenche une procédure de Dublin, c’est à dire que la France est en train de demander à l’Italie si elle veut me réadmettre sur son territoire et traiter ma demande d’asile.

En attendant la réponse, la Préfecture a prolongé mon permis de séjour jusqu’au mois d’avril, et m’a convoqué pour un nouveau rendez-vous en janvier…je ne sais pas qu’est-ce qu’ils vont me donner lors de ce nouveau rencontre.

Les prochaines étapes : la possibilité de recours contre Dublin

Je ne sais pas comment ça va se passer d’ici le mois d’avril, et surtout après. J’ai parlé avec des copains qui ont la même situation que moi (dublinables vers l’Italie), et qui sont dans une étape plus avancée dans leurs démarches.

Après 4 mois, ils ont reçu l’ordre de rentrer en Italie, mais on les a aussi informés sur la possibilité de faire un recours, sous 48 heures contre cette décision. Le recours se fait devant le Tribunal, à Marseille, et doit porter sur les raisons pour lesquelles la personne s’oppose au retour en Italie.

Si le recours est accepté, la procédure de Dublin est annulé, on vous accorde un séjour de 9 mois, pendant lequel on peut faire la demande d’asile en France.

C’est ce qui s’est passé avec un copain guinéen, qui s’est directement rendu au Tribunal, sur le cours Puget, le jour où il a reçu la décision d’expulsion vers l’Italie. Il a cherché un avocat, en a trouvé un qui voulait bien s’occuper de son cas, et en plus le faire gratuitement.

Deux jours plus tard, ils sont passés en audience : l’avocat a juste fait acte de présence, c’est mon copain, qui heureusement parle très bien français, qui a exposé sa situation et les raisons pour lesquelles il s’opposait à cette mesure.

Les choses se sont bien passées pour lui, le Président du Tribunal a accepté son recours et lui a donnée une recommandation pour retourner en Préfecture et prolonger son droit de séjour.

La possibilité de recours n’est pas lié au passage par Calais et l’acceptation d’un départ vers un CAO (Centre d’accueil et orientation): le guinéen dont je vous parle n’est pas en CAO et n’était pas à Calais quand la jungle a été démantelée.

Les gens et les associations qui m’ont aidé

Aujourd’hui, je passe mes nuits à l’UHU (Unité d’hébergement d’Urgence) de la Madrague ; il faut appeler le 115 pour trouver une place dans ce type de structures.

La première semaine à Marseille j’ai dormi à la gare, puis j’ai été hébergé par une fille que j’ai rencontré à la gare. Elle fait partie du collectif Soutien Migrants 13, qui organise des maraudes à la gare pour aider les migrants qui transitent par Marseille.

Elle m’a aidé aussi dans mes démarches, en m’accompagnant à la Préfecture lors de mon premier rdv. Elle a aussi proposé de m’offrir une domiciliation chez elle, pour que je puisse recevoir mon courrier à son adresse.

Les repas n’ont jamais été un problème, depuis que je suis à Marseille : j’ai toujours trouvé quelqu’un qui m’a aidé, il me suffit de dire que j’ai faim, dans des bars ou des snacks, et on me propose quelque chose à manger.

À midi je mange chez des bonnes sœurs catholiques, les Missionnaires de la Charité, à Bougainville qui préparent chaque jours pas moins de 400 repas pour les personnes en difficulté.

À l’ADJ Marceau je viens me réchauffer, boire une boisson chaude.

Il y a vraiment beaucoup de gens qui m’ont aidé, dans cette ville.